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14/12/2009

Inégalité d'accès à la culture : le cas de l'opéra

Photo Opéra Garnier.GIFLa culture est définie comme « un effort personnel et méthodique par lequel une personne tend à accroître ses connaissances et à donner leur meilleur emploi de ses facultés » (Dictionnaire de l’Académie Française, 9e édition). La connaissance et l’épanouissement présupposent donc un effort. Dès lors, que faire lorsqu’il est perpétuellement découragé ?

La véritable inégalité culturelle naît en effet de l’impossibilité pour certains, malgré des efforts répétés, d’accéder à la culture. L’une des manifestations de ce phénomène reste l’accès à ce lieu emblématique qu’est l’Opéra. Pourtant, le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, auquel se réfère la Constitution de la Ve République, spécifie que « la Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture ». Pour les moins fortunés et, en particulier, pour nombre de jeunes, l’accès à l’Opéra n’est pas un droit. Non seulement il n'est pas encouragé, mais ce public est simplement toléré.

Les jeunes, des spectateurs par défaut

Il est compliqué d’assister à un Opéra lorsqu’on bénéfice d’un tarif préférentiel. Pourtant, le site internet l’Opéra national de Paris invite les jeunes à dépasser leurs appréhensions. « Vous avez moins de 28 ans, Vous pensez que l’Opéra ne fait pas partie de votre monde ? Vous pensez que l’Opéra n’est pas financièrement abordable ? » Mais dans les faits, la volonté de contredire ces préjugés n'est pas frappante.

D'abord, bénéficier d’un tarif préférentiel suppose d’arriver plusieurs heures avant une représentation pour espérer obtenir une place, de prendre une file et de patienter debout, dans l'atmosphère confinée du petit espace billetterie de l’Opéra Bastille. Celui-ci accueille généralement au moins une centaine de personnes, alors que le personnel est souvent déjà informé que la plupart des présents ne pourront pas avoir de places. Pourtant, on ne fournit aucune information sur le nombre de places restantes, et il ne filtre que quelques indices murmurés de voisin à voisin. Les personnes âgées, qui elles aussi peuvent profiter tarifs avantageux, sont quant à elles contraintes d’attendre debout dans la foule, faute de places assises, ou de partir. En somme, tout semble mis en œuvre pour décourager l’attente. L’invitation lancée par le site de l’Opéra est, dès lors, moins attractive.

vignette_pass_Jeune.jpg

Il existe des tarifs destinés aux jeunes de moins de 28 ans à l’Opéra. On peut acheter un « Pass’Jeunes ». Il coûte 20 euros et sert de coupe-file. Il permet d’acheter sa place à 20 euros, 30 minutes avant le début de la représentation. Ou si l’on ne possède pas ce pass, on peut payer son billet 25 euros, 15 minutes avant le début. Il faut, dans ces cas là, se presser pour ne pas manquer une partie du spectacle.

En conséquence, les spectateurs sont servis en fonction de l’ordre des files. Les « Pass’Jeunes » ont la priorité sur les autres jeunes, et les personnes âgées. Mais ils n’ont pas la priorité sur ceux qui achètent des places de dernières minutes, à plein tarif. Seules les places restant après une ultime liquidation peuvent donc revenir aux bénéficiaires de tarifs réduits. Ceux-ci attendent donc bien souvent pour rien. On rappelle que le taux de remplissage pour l’Opéra national de Paris est en 2008 de 93%. Ainsi, la place faite aux jeunes ne pouvant pas payer des places plein tarif est faible. Mais ce public se révèle particulièrement utile : il permet de minimiser les pertes, dans l'éventualité où quelques places n'auraient pas trouvé preneur.

Enfin, il faut rappeler qu’il existe un abonnement jeune. Contre 90 euros on peut assister à 3 opéras et 1 ballet ou, en payant 50 euros, à 4 spectacles de danse. Le problème étant que l’on choisit une formule prédéfinie, ce qui signifie que l’on ne choisit pas vraiment tous les spectacles que l’on veut voir. Au final, toutes ces formules sont peu lisibles et représentent un budget qui peut être important. En effet, si vous êtes un étudiant boursier comme 30% des étudiants depuis 2001, vous n’avez pas toujours les moyens de dépenser 40 euros (Pass’Jeunes + 1 représentation) ou 25 euros pour voir un Opéra. Que représentent 40 ou 25 euros ? Si l’on estime que le boursier touche 400 euros par mois, ça représente de 6 à 10% de son budget mensuel.

À l’inverse, le deuxième opéra national en terme de moyens, l’Opéra de Lyon, pratique une politique tarifaire plus attractive pour les jeunes, et propose un « Pass’Opéra Jeunes et solidarité » à 5 euros aux moins de 26 ans, offrant une réduction de 50% sur tous les Opéras en catégorie A et B. Celui-ci est en vente toute l’année, contrairement à l’Opéra national de Paris où le nombre de « Pass’Jeunes » est limité.

Un semblant de démocratisation

Opéra 1.jpgDémocratiser, revient à favoriser une meilleure égalité dans les conditions d’accès à certains endroits ou certaines activités. Depuis le décret n° 94-111 du 5 février 1994 fixant le statut de l’Opéra national de Paris et réaffirmant la mission qu’avait l’Opéra de rendre accessibles au plus grand nombre les œuvres du patrimoine lyrique et chorégraphique, les textes officiels et les rapports ministériels insistent sur la nécessaire démocratisation culturelle en France. On note des avancées, notamment la gratuité, depuis le 4 avril 2009, de 14 musées nationaux, pour les jeunes de moins de 26 ans, de la Communauté européenne, et les enseignants. Cette mesure faisait partie du plan de relance présenté en décembre 2008 par le président de la République Nicolas Sarkozy.

Pourtant certains lieux ne sont pas concernés par ces mesures d’ouverture. L’Opéra national de Paris est un établissement public dont les subventions accordées par l’État n’ont pas cessé d’augmenter, passant de 91,73 millions d’euros en 2003 à 103,34 millions d’euros en 2008, là où l’Opéra de Lyon ne reçoit que 15 millions. L’État est donc en partie responsable du statu quo excluant les publics moins favorisés. En effet, il a des moyens d’inciter l’Opéra a pratiquer une réelle démocratisation à destination d’un public de néophytes. C’est cette absence de réaction de l’État face à une politique scandaleuse envers les jeunes d’un point de vue de l’accueil ou encore de l’offre qui pose problème. Par conséquent il n’y a pas de démocratisation, car certains lieux sont des « pré-carrés » dont l’accès est réservé à une élite qui refuse d’être confondue avec le reste de la population. On estime que les moins fortunés n’ont pas besoin d’aller à l’Opéra puisqu’ils ont d’autres préoccupations. Par ailleurs, l’Opéra national de Paris a réalisé un bénéfice de 2,4 millions d’euros en 2008. On ne pourra pas arguer que c’est un manque de moyens qui ralentit une politique d’ouverture aux jeunes, par exemple. Pourquoi l’administration ne décide t-elle pas de financer un nombre de places réservés exclusivement aux jeunes à l’année ?

« La culture n’est pas un luxe, mais une nécessité. » Ces mots de l’écrivain chinois Gao Xingjian, exilé en France depuis les évènements de Tien An Men, prix Nobel de littérature en 2000, sonnent comme un appel. Lui, pour qui l’écriture est un moyen d’émancipation, nous rappelle que la culture est une condition de la liberté.

02:09 Publié dans Question sociale | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : culture, jeunes, opéra, inégalités |

Commentaires

Effectivement, pourquoi ne pas financer un quota de places réservées aux jeunes ? Mais pourquoi ne pas soutenir, pas seulement financièrement d'ailleurs, des structures qui proposent à des nouveaux publics de découvrir l'art lyrique ? Bon nombre d'associations, par exemple, proposent des productions de qualité à un public composé à la fois de néophytes et de connaisseurs. Tout ne se résume pas à ce qui se passe à l'Opéra de Paris, de Lyon ou de Toulouse... Je me contenterai bien des 15 "petits" millions de l'Opéra de Lyon ! Même du dixième...

Écrit par : MOI | 14/12/2009

Selon vous debourser 40 euros pour un etudiant c'est beaucoup compare au budget mensuel. Soyons honnetes, meme les boursiers vont en boite et ca nous coute nettement plus de 40 euros la soiree, et la queue on l'a fait aussi pour rentrer. L'Opera c'est une question de gout. Le probleme c'est l'education, on devrait nous faire decouvrir reeelement l'opera au college pendant les cours de musique au lieu de nous gaver avec le flutiau.

Écrit par : delphine | 14/12/2009

En même temps il existe des places à 20 euros, il suffit juste de ne pas acheter sa place à la dernière minute.
Ces places sont disponibles sur internet, pas besoin de venir en avance et risquer tous les inconvénients que vous listez.

Écrit par : ... | 14/12/2009

@... Les places à 20 euros ont une visibilité réduite et la qualité acoustique est médiocre.

Cette logique là est celle du 19 ème siècle:"Les pauvres au poulailler!"

Écrit par : La Brèche | 14/12/2009

Et pourquoi ne parle-t-on que des jeunes et des retraités ?!?!?!?!
Il y a en France, et donc à Paris, au moin autant de personnes moins "jeunes" et pas encore retraitées, qui travaillent, et aimeraient se payer une entrée à l'Opéra, sans devoir squatter une place bon marché et sans visibilité ! Ces personnes aussi ont droit à l'accès à la culture et ce n'est pas parce qu'elles ne sont ni "jeunes" ni retraitées qu'on doit les oublier de l'équation.
Pour bien des gens, une entrée à 70-80 Euros (et encore, c'est pas de la 1ère catégorie à ce prix) est limite un "luxe" qu'il ne peuvent pas se permettre sinon très rarement. En France, quand on parle de gens en difficulté, on focalise presque toujours sur les jeunes et/ou les retraités. Je veux bien admettre qu'ils ont parfois plus de difficultés que d'autres, mais ce n'est pas systématique ... loin de là !
Au final, pour les personnes gagnant à peine le smic ou guère plus, le principal droit quand elles ne sont plus "jeunes" et pas encore retraitées, est de tout payer plein pôt ! Pourquoi ne pas inclure ces personnes dans ceux qu'ils faut aider pour l'accès à la culture ?!
D'ailleurs, ce constat du plein tarif pour les "pas jeunes et pas retraités" s'applique presque partout, et en particuliers aux transports aussi (train/avion surtout). Les gens qui travaillent aimeraient parfois que les impôts qu'ils payent servent aussi un peu pour eux ... et pas que pour les jeune et les retraités ...
La solidarité est une bonne chose ... servir de vache à lait en est une autre !

Écrit par : christian | 14/12/2009

C'est à se demander si l'auteur de cet article est déjà aller à l'Opéra !
"Les places à 20 euros ont une visibilité réduite et la qualité acoustique est médiocre" hors si je ne me trompe pas, c'est bel et bien de l'Opéra Bastille dont il est question dans cet article,
la visibilité et l'acoustique y est d'une qualité surprenante et ce, même au dernier balcon, quand au places, le prix démarre à 5€ (le seul inconvénient des places à 5€ est que l'on ne peut pas lire les surtitres...ce qui n'est pas une bien grande gène! )
La culture (tout comme le goût) ça s'éduque, et d'une certaine manière, ça se mérite également, car ce n'est pas sur les bancs de l'école que cette éducation se fait,
pour ma part ma scolarité à eu lieu dans un LEP du 93 et pourtant à l'age de 18 ans, tout les mois je "m'offrais" un opéra, de plus avec un peu de débrouillardise, l'opéra de Paris, donne 2700 invitations à chaque générales d'opéras ou de ballets (la dernière répétition en condition de spectacle avec costumes, et décors, très souvent 2 jours avant la première), finalement, ceux qui critiquent l'Opéra de Paris, lui reprochant son élitisme, sont ceux la même qui n'y mette jamais les pieds, car sinon vous sauriez que ce lieu de spectacle est ouvert à tous.
de plus réduire la "culture" lyrique ou chorégraphique à l'Opéra de Paris, c'est comme réduire le Théatre, à la Comédie Française...il existe bien d'autre lieux, quand on veut aller au Resto, on est pas obligé d'aller chez Robuchon.

Écrit par : Benoît | 14/12/2009

mouais... effectivement question de priorités c'est tout. Je fus un boursier pendant mes études, c'était pas marrant tous les jours, mais ca ne m'empêchait de fumer quelques havanes de temps en temps... au risque de passer pour un bourge !!

Écrit par : beershop | 14/12/2009

J'habite Bordeaux, j'ai 20 ans. 48h avant une représentation, des billets à 8euros sont disponibles pour les jeunes et autres tarifs réduits. Je suis allé à tous les opéras proposés depuis 2 ans et assez souvent en 1ère catégorie.
Je ne sais pas ce qu'il en est pour les autres villes mais à Bordeaux c'est assez simple en ne s'y prenant que 2 jours avant

Écrit par : Paul | 14/12/2009

je ne soit ni communiste ni socialiste, mais il m'a toujours paru inadmissible que la collectivité utilise les deniers publics pour favoriser une création artistique dont l'accès n'est pas garanti à chaque citoyen

Écrit par : elshocht | 15/12/2009

Réponse à Benoît,

J'apprécie beaucoup LA BRÈCHE, un blog (de création récente) qui se distingue par la remarquable qualité de ses articles. On peut certes, au nom de la liberté d'opinion, ne pas en partager les analyses critiques. Cependant, comment douter que l'auteur de l'article sur l'Opéra n'y soit jamais allé ? Je me méfie de ce type d'argument qui ne se fonde que sur le discrédit, le préjugé et la caricature. L'article sur l'Opéra est utile au plan cognitif et au niveau pédagogique. En outre, comme revendication, l'article est pertinent, puisque l'auteur ne demande rien d'autre qu'un accès plus ouvert POUR TOUS (pour ceux qui le veulent) à l'Opéra. Est-ce trop vouloir, lorsque toutes les disciplines sportives (Golf, Tennis, etc.) ont été démocratisés ? C'est le sens de l'histoire : l'Opéra Bastille doit être "prise", sans armes ni révolte. Mais à l'aide d'articles pertinents qui indiquent l'intérêt de la Jeunesse pour l'Opéra Nationale de Paris (Opéra Bastille et Palais Garnier) dont le statut juridique est d'être, après tout, un Établissement Public.

J'encourage donc LA BRÈCHE à poursuivre cette démarche, à ouvrir une brèche !

Anaximandre

Écrit par : Anaximandre | 15/12/2009

@Anaximandre :"Je me méfie de ce type d'argument qui ne se fonde que sur le discrédit, le préjugé et la caricature." cette définition correspond bien plus à l'article de "La brèche", qui se veut totalement à charge, qu'elle ne correspond à mon post précédent,
ou est l'objectivité journalistique quand sur un article sur l'accès à la culture on "oublis" de préciser que l'établissement visé par la diatribe à des places à 5 et 10€,
quand on prétends que:""Les places à 20 euros ont une visibilité réduite et la qualité acoustique est médiocre" ce qui est totalement faux !
Allons soyons sérieux, bien sur je ne met pas en doute le fait que l'auteur de l'article soit aller à l'Opéra, mon introduction était une figure de style destiné à souligner mon propos, néanmoins, pour reprendre vos arguments, un article n'est "utile sur le plan cognitif et au nivaux pédagogique", que si son contenus est impartial et exhaustif, ce qui est loin d'être le cas de ce dernier, qui dès le titre, annonce son parti pris.

Écrit par : Benoît | 15/12/2009

Anaximandre à Benoît,

Il n'y a pas de démonstration de votre part ni de monstration directe, dans vos propos. Mais cela reste votre droit de ne pas en avoir. Je ne m'en tiens qu'à l'intentionnalité (visée) de l'auteur de l'article, sans pour autant négliger son argumentaire que je ne partage pas totalement.

Vous dites que l'auteur rédige " à charge". Sans doute n'avez-vous pas compris qu'il fait précisément l'inverse, puisqu'il invite à (la possibilité de) l'ouverture de l'Opéra pour le plus grand nombre, et en particulier pour un public particulier, la Jeunesse, qui, pour lors, n'y est pas en nombre suffisant et qui y est non pas exclu mais non incité par une politique tarifaire qui les relègue (quasi) systématiquement vers les sièges à 20 Euros. Sa critique n'est nullement " à charge ", sauf à ne pas savoir ce que dit ce mot.

Pour le reste, je reste assez accordé à l'historique de " l'objectivité " telle que H. Arendt la présente dans La crise de l'éducation : cette manière d'être a été introduite par Homère, dans son long poème épique. Et depuis, nous nous efforçons de nous y conformer. C'est pourquoi, en matière d'objectivité journalistique, bien que je ne sois pas de cette profession ni membre de LA BRÈCHE, j'aime à garder en mémoire le mot puissant de Hölderlin indiquant pourquoi les Journalistes ont choisi Apollon pour dieu de la Vérité.

Cordialement,

Anaximandre

Écrit par : Anaximandre | 15/12/2009

@Anaximandre, Je vois que j'ai face à moi un interlocuteur érudit, la chose est appréciable, néanmoins vous vous attachez à la forme, quand ma réponse portait sur le fond. j'entends par là, que si l'auteur "invite à (la possibilité de) l'ouverture de l'Opéra pour le plus grand nombre" comme vous le souligner, c'est en omettant (délibérément ou par ignorance) que l'Opéra de Paris peux difficilement faire plus.
Quid des 50 000 invitations donné chaque années sur l'ensemble des deux théâtres ? combien de lieux (culturel ou sportif) peuvent se prévaloir de la chose ? pourquoi l'auteur n'en parle pas ?
je ne reviendrais pas sur les places à 5€, j'ai déjà évoqué cela plus tôt.
de plus quand vous déclarez :"Est-ce trop vouloir, lorsque toutes les disciplines sportives (Golf, Tennis, etc.) ont été démocratisés ? " permettez moi de ne pas être d'accord.
Trouvez vous réellement que le Tennis ou le Golf se soit "démocratiser" ? quand on voit le prix d'un billet pour assister à un match pendant le tournois de Rolland Garros, nous n'avons pas la même conception du mot démocratiser.
ces deux sports tout comme l'opéra ou le ballet, demande pour pouvoir les apprécier un certains bagage culturel, et cela rejoins mon postulat de départ, à savoir que l'acquisition de la culture doit se faire au niveau de l'éducation (nationale ou familiale) et non pas à L'opéra qui est un lieu de prestige ou l'ont vient "savourer" cette culture,
et en dehors des musées nationaux, il n'y a finalement aucun lieux de culture en France qui soit à ce point accessible, encore faut t-il se donner la peine d'y aller.
Nous sommes au 21ème siècle, et l'Opéra est un symbole pour certains de la grande bourgeoisie du 19ème, mais il serait peut être temps de sortir des préjugés.

Écrit par : Benoît | 15/12/2009

Benoît,

Vous l'êtes autant que moi, érudit ! Mais, en toute bonne foi, vous semblez confondre "forme" et "accessoire". Ce qu'est une "forme", Socrate (Platon) nous l'enseigne dans le Banquet et le Menon. Sans aller plus avant, je me contenterai de dire ici qu'elle est le > de et entre tous les aspects (matière) du contenu (phénomène, chose, objet, etc.). L'accessoire, c'est le catalogue des points positifs : 50.000 invitations annuelles pour l'Opéra. Mais à qui ? A la Jeunesse, dont parle l'auteur de l'article ? Faites-nous une typologie des invités. Des places à 5 € ? Si les invitations sont gratuites, alors le montant de 5 € est accessoire.

Vous défendez la politique tarifaire de l'Opéra de Paris. C'est bien. Mais cet Établissement Public peut faire plus et mieux, ce que vous n'admettez pas. Donnez votre avis, mais ne parlez pas > cet Établissement Public, à moins que n'en soyez membre, actionnaire ou responsable.

Le Tennis et le Golf se sont "démocratisés", parce qu'ils ne sont plus réservés. Permettez-moi d'exciper de deux exemples mon propos. Tout d'abord, il fut un temps, en France et ailleurs, où sans conditions de fortune, vous ne pouviez pas faire de la politique. Cette matière s'est démocratisée, lorsque les partis politiques ont pris en charge le coût des engagements d'individus intéressées à cette activité, libérant ainsi de nombreux talents et, parfois, il est vrai, de la médiocrité. Ensuite, le Droit de vote, en France, est un "droit" et non pas une obligation (contrainte). L'abstention fait partie intégrante de ce droit. Démocratiser, c'est donc rendre ce dont il s'agit possible, c'est-à-dire à la portée du plus grand nombre.

Lorsque, à tort ou à raison, une catégorie de la population estime être exclue, il faut soit lui démontrer qu'il n'en est rien, soit lui ouvrir de nouvelles possibilités d'accès. Il me semble même que l'auteur de l'article se soit appuyé sur la Constitution, pour rappeler que le culture est un droit fondamental.

Vous m'objectez les prix des places à Rolland Garros. Si votre objection est vraie et juste, elle devrait valoir et s'appliquer à l'Opéra. Ce que je souhaite. Combien coûte un abonnement annuel à l'Opéra ? Pourquoi ne le dites vous pas ? Y apprécie-t-on la représentation de la même façon, selon que l'on soit à une place de 20 € ou 170 € ?
Il y a encore quelques années, les Musées étaient payant. Puis il a été décidé d'en faciliter l'accès, par une politique tarifaire volontariste (gratuité, etc.) pour la Jeunesse. Les Musées se portent-ils moins bien ? Toute la population n'a pas spontanément couru aux Musées. Cependant, elle en a le droit. Je connais peu l'Opéra de Paris. Mais il y s'y passe, parfois, des phénomènes inadmissibles : voir toute une cohorte de jeunes attendre trois ou quatre heures durant, pour éventuellement bénéficier des places à 20 € et qui ne sont proposées que si celles à 170 € n'ont pas trouvé de preneurs. Dans le cas contraire, malgré leur effort, ces jeunes s'en retournent amères. On pourrait même en rire et dire, après tout, ces jeunes n'ont pas perdu leur 20 €. Je pourrais également évoquer le cas des personnes âgées de condition modeste et qui voudraient tant assister à certaines représentations, dont elles ont exclues du simple fait de leur pouvoir d'achat.

Il est vrai, vous pourriez apporter l'appeau de votre réserve, en rappelant que certains amateurs paient des prix bien plus élevés que l'Opéra, pour assister à des combats de boxe (où deux individus se tapent à coups de poing) ou un match de football (dispute à vingt-deux pour un ballon).

Vous dites, selon votre > que le Golf, le Tennis, l'Opéra ou le Ballet >. Ce jugement vaut pour presque toute chose, y compris pour le Vin, un Film, etc. Croyez-vous que pour regarder la Nature, il ne faut pas être cultivé ? Et l'on pourrait multiplier ces exemples, jusqu'à l'infini et, ainsi, faire de votre jugement un point de vue somme toute banal. On peut même penser que pour apprécier l'Opéra, il faut avoir étudié à fond Euripide, Eschyle, Sophocle, Goethe, et tant d'autres grand auteurs. Mais Heine a montré comment un chercheur passionné a parcouru tout son pays pour recueillir les contes populaires et en faire un bien précieux.

Vous dites et croyez que l'Opéra est un lieu où l'on vient > ses efforts propres efforts culturels. Je penserai, plus modestement, que nous nous y rendons pour apprécier les Œuvres et la qualité de la représentation. Et, au travers de cela, saisir l'actualité du contenu de l'opus. Se rendre à l'Opéra, c'est aussi un acte de sociabilité. Mais vous êtes plus appert que moi !

Je n'ai nulle part lu, dans cet article-là, que la culture était donnée sans effort, ni éducation. Dans la définition que l'auteur propose de la Culture (tirée du Dictionnaire de l'Académie), l'accent est précisément mis sur l'effort personnel. Mais cela vous ne l'avez peut-être pas lu ou délibérément occulté. Au reste, les références multiples de cet auteur, la qualité syntaxique de son écriture, la quasi absence de fautes d'orthographe sont autant d'indices qui donnent à penser qu'il y a une grande quantité de " travail " cristallisée dans cet article. Et c'est d'abord cela qui a fixé mon attention et que j'ai apprécié, au point de le " défendre ". IL y a du sérieux dans cet article, qui traite d'un sujet qui nous passionne tous : l'Opéra. Nous vivons une >, disait Heidegger. J'aime à voir des gens qui résistent et ouvrent des brèches. Cet article n'est pas Durandal qui, dans la main de Roland, fend le col de Roncevaux (15 août 778) et fait une brèche pour les troupes carolingiennes en péril. Cet article, à moins que je n'y ai rien compris, fais une brèche, par l'écriture, pour que la Jeunesse de notre pays passionnée par l'Opéra ait plus d'opportunités. Et je n'y ai décelé aucune conception consumériste ni aucun "jeunisme'.

Je n'ai nulle part lu dans cet article-là que la culture s'arrêtait à l'Opéra ou aux Musées nationaux. Mais je n'ai peut-être pas tout compris. Ou du moins vous voyez des choses que je n'ai pas vues.

Vous dites : >. Merci de nous l'apprendre. Vous parlez en termes de classes sociales. Cet article, modestement, ne réclame que plus de possibilités pour la Jeunesse (catégorie sociale) d'accéder à l'Opéra plus souvent et dans de meilleures conditions. Et si cela n'est pas trop vouloir, que l'État y prenne sa part. Et croyez-moi, l'Opéra de Paris ne s'en portera que mieux. Et, avec lui, la France.

Pour terminer, permettez-moi de livrer à votre attention ce propos d'Arendt sur le préjugé : >, H. Arendt, La crise de l’éducation, in La crise de la culture.

J'ai vu des cultivés qui ne comprenaient rien à une œuvre et des incultes qui en avaient saisi la signification. ON peut être "cultivé" et riche de préjugés. On peut être " in-culte " et pauvre en préjugé. D'après vous des deux personnages, qui passera le plus facilement dans >. Celui dont la tête est plus petite.

Vous feriez œuvre utile, en apportant votre aide précieuse à cet article qui seul nous importe et pas son auteur. Comme Homère et l'objectivité.

Je me réjouis de mieux connaître, grâce à vos remarques critiques, l'Opéra. Tout comme il me plaît d'encourager l'auteur de ce brillant article à nous offrir l'occasion d'échanger entre personnes intéressées sur les questions culturelles, ce qui est un critère distinctif de la France.

Je crois, Benoît, vous avoir trop écrit. Et peut-être les internautes commencent-ils déjà à se lasser de nos échanges. Aussi, pour éviter toute personnalisation des débats, je lirai volontiers votre réponse mais sans y répondre.


Bien cordialement,


Anaximandre

Écrit par : Anaximande | 16/12/2009

Bonjour,

Je viens de découvrir vôtre blog, que ma réponse est tardive, mais j'ai éprouvé un certain agacement en lisant cette article.

J'ai 21 ans et je peux donc parler en connaissance de cause. Le préjugé idiot selon lequel l'Opéra serait un divertissement volontairement bourgeois et hermétique est justement ce qui nuit le plus à cet art. Cette image faussée, partagée par un grand nombre de gens est insupportable, tant elle est réductrice et facile. C'est mal connaître, c'est juger à l'emporte pièce que de parler ainsi. Réveillons les morts: Wagner ou Mozart par exemple, l'un révulsé par "le détour bourgeois" que constituait l'opéra en son temps et l'autre, dont les oeuvres les plus admirées à ce jour restent les singspiel ( La flûte, l'enlèvement au sérail) et les opéras bouffe (Figaro,...) dont la coloration reste fortement populaire ...et il y en a bien d'autres....

Toute la problématique repose, je pense, sur l'absence d'intérêt des jeunes pour cette institution, nourrie par le stéréotype évoqué plus haut. Contrairement au théâtre qui fait l'objet d'un "service minimum" au collège ou au lycée, l'opéra est rarement voire jamais évoqué. les équipes pédagogiques rechignent à initier les jeunes à cet art car eux même sont embourbés dans ces terribles préjugés. Car, à l'évidence, on ne s'y intéresse pas car on ne connaît pas!

Mes parents aiment l'opéra, c'est un fait, néanmoins je n'ai pas grandi avec un cd de Deutekom dans les mains. Comme beaucoup, j'ai eu des idoles disons plus pop! Mais on évolue , et un jour j'ai commencé à m' intéressé, à écouter les disques de mes parents, à lire des livrets, et surtout à aller voir!

Aujourd'hui, je suis abonné jeune aux opéras de Paris: 3 opéras et 1 ballet pour 90 euros. Soit un peu plus de vingt euros par spectacle...excessif vous dites? On a, en outre, l'avantage de pouvoir découvrir des oeuvres tout en en choisissant d'autres! L'abonnement doit valoir moins cher qu'une place de concert pour Madonna ou Beyoncé...
Tout cela relève donc du goût de chacun et je pense sincèrement que si peu de jeunes souhaitent se rendre à l'Opéra, ce n'est pas car ce lieu les impressionne, c'est seulement car cela ne les intéresse pas!

Écrit par : Hadrien | 19/02/2010

@ Hadrien

Lisez attentivement l'article.

Il n'est pas question de critiquer l'opéra en tant que tel, mais la politique d'ouverture sociale de l'Opéra National de Paris pour la population jeune.

L'absence d'intérêt dont vous parlez est un préjugé, le principal obstacle visible demeure le prix des places. Et ceci, pas seulement pour les jeunes, pour qui le nombre d'abonnements reste limité, mais également pour les classes populaires.

Concernant, le choix entre l'opéra et Beyoncé, ce n'est pas le propos. L'opéra fait parti du patrimoine culturel et y accéder devrait donc être un droit. Par ailleurs, l'Opéra de Paris est un établissement public qui fonctionne avec des subventions de l'État alors que le concert "des idoles des jeunes" est construit sur un modèle de rentabilité immédiate. L'Opéra de Paris, lui, a pour mission d'être accessible à tous.

Enfin, si l'opéra public ne reproduisait pas le modèle bourgeois, il ne reprendrait pas sa caractéristique la plus visible: la discrimination tarifaire basée sur des inégalités sociales.

Écrit par : La Brèche | 19/02/2010

@La brèche

Voilà typiquement le genre de réponse qui me conforte dans mes opinions et appuis mon propos,
quand il y a quelques semaines je reprochais à cette article d'être à charge !

vous reprochez à L'Opéra de Paris sa "politique d'ouverture sociale pour la population jeune et (plus loin) les classes populaires", hum on parle de l'Opéra de Paris ou de la MJC de La courneuve ?

dans le même ordre d'idée vous devriez faire une pétition contre le fait qu'il soit impossible de trouver des hamburgers à 5€ chez Fauchon et des Kebabs frittes à la tour d'argent...
l'analogie peut faire sourire, elle n'est pourtant pas plus ridicule que votre réponse, surtout quand on lit:

(roulement de tambours, grand final) "Enfin, si l'opéra public ne reproduisait pas le modèle bourgeois, il ne reprendrait pas sa caractéristique la plus visible: la discrimination tarifaire basée sur des inégalités sociales."

ou comment une fois de plus en occultant les 50 000 invitations annuelle et les places à partir de 5€, on colporte des préjugés, le tout noyé dans une dialectique digne des plus grands moments de victimisation prolétaire du 19ème siècle !

Par chance ceci n'est qu'un blog et vous n'êtes pas journaliste, vous pouvez donc tout à loisir faire du prosélytisme politique, grâce à vous, mon opinion est faite, le principal obstacle n'est définitivement pas le prix des places, mais la bêtise de ceux qui voient encore dans l'opéra un symbole de l'impérialisme bourgeois (on se croirais presque dans Germinal !) il faut croire que le monde (heureusement) évolue plus vite que les clichés, et ceux qui les répandes.

Écrit par : Benoît | 20/02/2010

@ La Brèche :

Il est nécessaire de faire ici quelques comparaisons.
Une place d'opéra peut s'obtenir, quand on est jeune, et même à l'opéra de Paris, pour entre 5-10 euros, soit environ le prix d'une place de cinéma. On peut alors avoir des places à visibilité réduite (mais l'accoustique de Bastille est très bonne, on entend bien où qu'on soit) ; et quand j'en prend à Bastille à ce tarif, je vais m'asseoir dans les escaliers ou dans des places restées libres (il y en a toujours, même quand tout est vendu, vu que certains ne viennent pas ou ne sont pas à l'heure), et je vois très bien. Pour le prix d'une place de cinéma.
Mais il est plus normal pour moi de comparer les prix à ceux des concerts de groupes de musique (rock, pop-rock, rap, chanson française...). Aller jeter un coup d'oeil sur le site de la Fnac. Les premiers prix pour un concert sont en général entre 20 euros (pour des groupes méconnus) et 70 euros, avec une majorité entre 35 et 45 euros. Pour ce prix là, il n'est pas difficile d'avoir des bonnes places d'opéra.
J'apprécie beaucoup les tarifs de l'opéra de Lyon. Et j'appelle aussi de mes voeux une plus grande ouverture des tarifs à Paris. Mais le premier facteur de blocage est culturel. Permettre des tarifs avantageux à des classes (pour que des professeurs fassent découvrir l'opéra à des jeunes), ça peut être une bonne idée, si on considère que ce qui est dur, c'est surtout le premier pas.

Écrit par : Ratier | 22/05/2010

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