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19/01/2010

Inégalités d'accès à la culture : le livre en France, un produit de luxe

Le marché du livre français permet aux éditeurs de faire payer toujours plus cher, trop cher aux lecteurs français. Les inégalités culturelles progressent pour favoriser un secteur de l'édition qui ne se remet pas suffisamment en question. Un diagnostic terrible.

Des prix multipliés par trois

LesMiserables.jpgUne grande librairie parisienne, au rayon des livres de poche, un samedi. Un homme, la quarantaine, d'allure modeste, accompagné de deux jeunes enfants, se renseigne auprès d'une vendeuse. « Auriez-vous Les Misérables ? » L'employée déniche le roman, divisé en deux volumes, et l'homme jette un coup d'œil instinctif au dos, sur le prix. Il ne peut retenir un mouvement de recul. « Excusez-moi, mais il n'y a pas moins cher ? — Ah, non monsieur, désolé… » Quelques instants plus tard, une fois que la femme aura tourné le dos, il reposera l'exemplaire en rayon, et se dirigera vers la sortie.

Les livres de format poche sont pourtant ce qu'il y a de moins cher sur le marché. En ce qui concerne Les Misérables, l'œuvre est toujours divisée en deux ou trois volumes. L'édition du « Livre de poche » (Hachette) est la meilleur marché, en deux volumes, pour 13,50 euros au total. En Folio (Gallimard), il en coûte 14,20 euros pour deux volumes. Chez Pocket (collection du groupe Editis, qui regroupe de nombreuses maisons d'éditions comme Plon, Perrin, Robert Laffont ou Julliard), le prix s'élève à 16,50 euros pour trois volumes. En Garnier-Flammarion enfin, il faudra débourser 20,40 euros, également pour trois volumes.

Pourtant, Victor Hugo étant mort il y a 135 ans, ses œuvres figurent dans le domaine public. En d'autres termes, Les Misérables sont libres de droit : tout ce que le consommateur paie, ce sont les frais d'édition et de distribution. Et il s'agit là d'un des classiques les plus vendus, ce qui réduit les coûts par exemplaire au strict minimum. Les prix à la vente sont effectivement trop élevés. Mais de combien ? Cela, on peut l'évaluer, par exemple en comparant le prix des Misérables à l'étranger. Les éditions en anglais sont un point de comparaison. En anglais, le chef-d'œuvre hugolien est disponible, aux éditions Simon & Schuster, à partir de 6,95 dollars américains, soit 4,83 euros : exactement le tiers du prix français. Pourtant, les éditions en anglais — dont le public, du moins pour Les Misérables, n'est pas plus important que le public francophone — impliquent des coûts de traduction, et une distribution plus coûteuse (distances obligent, aux États-Unis par exemple). Autre différence, les livres en anglais sont généralement de meilleure qualité, y compris dans les collections les moins chères : au lieu du livre « de poche », le standard anglophone est au « paperback », un format plus grand, de couverture souple, solide, assez similaire aux livres des collections littéraires françaises comme la célèbre « Blanche » de Gallimard. Pour le même texte, le lecteur-consommateur français paie donc au moins le triple du lecteur anglais ou américain, dans une version bien souvent moins maniable, dont les pages se détachent, dont l'encre colle aux doigts.

Les Misérables ne sont qu'un exemple. La comparaison entre les prix en France et chez les éditeurs anglophones n'est pas forcément aussi frappante, mais toujours au désavantage des versions françaises. Pour lire l'Iliade, il faut ainsi débourser plus de deux fois plus en français (5 euros au « Livre de poche ») qu'en anglais (2,35 euros chez Wordsworth Classics) ; tandis que pour Crime et châtiment, il faut débourser plus du triple (8 euros au « Livre de poche » contre 2,35 euros chez Wordsworth Classics). La différence s'atténue, un peu, pour les parutions récentes, soumises à droits d'auteur, sans disparaître. Surtout, l'incohérence totale qui consiste à trouver un livre traduit du français vers l'anglais moins cher que la version originale est fort courante. L'élégance du hérisson qui connaît un vrai succès outre-Atlantique fut ainsi lancé à 15 dollars chez Europa Editions (soit 10,45 euros), alors que le prix de lancement chez Gallimard était de 19 euros.

Un marché protégé…

Deux éléments caractérisent le marché français du livre : la loi sur le prix unique, et une forte concentration des acteurs du secteur de l'édition. Deux éléments qui, combinés, aboutissent à la situation actuelle.

Depuis la loi Lang du 10 août 1981, le prix du livre est en effet fixé par l'éditeur, et indiqué sur la couverture du livre. Il ne s'agit pas là d'un simple « prix conseillé », principe qui avait cours jusqu'en 1979 (avant qu'un arrêté ne vienne instaurer pendant deux ans la fixation du prix par les détaillants). En effet, depuis 1981, les vendeurs (librairies, grandes surfaces, vente par correspondance) ne peuvent accorder de rabais supérieur à 5% sur le prix indiqué par l'éditeur, et ne peuvent organiser de soldes saisonniers, sauf sur des livres édités depuis plus de deux ans et non approvisionnés depuis au moins six mois. Cette mesure, inspirée essentiellement de l'exemple allemand, a deux objectifs avoués : d'une part, réduire la concurrence des grandes surfaces généralistes ou spécialisées (FNAC, Virgin, etc.) pour les petites librairies ; d'autre part, soutenir les revenus des auteurs et la variété des références éditées.

Pourtant, la réalité est tout autre. Les libraires traditionnels sont ainsi confrontés à une crise durable, et occupent une place de plus en plus réduite dans les ventes, avec 17,7% des ventes en 2007, contre 42,6% pour les grandes surfaces généralistes ou spécialisées, et 24,2% de ventes par correspondance. Ces dernières sont par ailleurs tirées par la forte croissance des ventes sur internet (près de 8% en 2007, pour 3% en 2003)1. Quant au soutien des auteurs, la situation est aussi morose. Alors que certains estiment le nombre d'auteurs français vivant de leur plume à cent cinquante tout au plus2, la moyenne des à-valoir s'effondre et la variété des références n'est que de façade : dans un marché saturé de parutions souvent médiocres, la création littéraire traverse une crise qui explique le constat étranger de la « mort de la culture française »3. En 2007, sur les trente meilleures ventes de livres, à côté des bandes dessinées et des traductions étrangères, seules dix-sept relèvent de la littérature française. Or, pour ces dix-sept titres, on ne compte que neuf auteurs différents. Dès lors, l'objectif de diversité de la création est menacé. De fait, depuis 2007, le nombre de parutions a entamé un net déclin, avec près de 10% de romans publiés en moins4. En limitant la concurrence par les prix, la loi Lang favorise donc une montée contre-productive de ceux-ci, et empêche la remise en cause des choix éditoriaux lorsqu'ils ne sont pas bons.

… aux mains d'un puissant cartel

livre1.jpgDès lors, la loi sur le prix unique n'atteint pas ses objectifs. La concentration du secteur y est pour beaucoup. À eux seuls, Hachette et Editis représentent la moitié du marché français du livre, et si l'on y ajoute quatre autre groupes, c'est à un contrôle des trois-quarts que l'on aboutit5. Une concentration accélérée ces dernières années par diverses fusions (notamment le démantèlement de Vivendi-Universal dont les activités dans l'édition ont été partagées entre les deux groupes susnommés). Le chiffre d'affaires du secteur est quant à lui sur une pente régulièrement ascendante (+22,5% entre 2001 et 2007). Des performances qui interdisent l'entrée sur le marché de rivaux meilleur marché, et se font donc au détriment du consommateur, avec des niveaux de prix élevés et une hausse accélérée (voir figure ci-contre).

Pourtant, les pouvoirs publics ne sont pas sur le point d'intervenir sur la question, au contraire. Le puissant lobby du livre demande toujours plus de protection, arguant de l'émergence d'un défi majeur remettant en cause la confortable situation actuelle d'un marché protégé et concentré : le livre numérique. Le 14 janvier 2010, au cours d'une conférence de presse commune, le Syndicat des distributeurs de loisirs culturels (SDLC) et le Syndicat de la librairie française (SLF) ont ainsi réclamé une plate-forme de téléchargement unique, et des conditions légales et tarifaires identiques au livre imprimé. Autrement dit, de pouvoir faire payer au consommateur le même prix pour télécharger un fichier en quelques secondes, que pour acheter un exemplaire issu d'une longue chaîne de production, depuis l'encre et le papier jusqu'à l'acheminement en librairie — alors même que ce prix est déjà trop élevé. Cela ressemble à une plaisanterie, mais ne fait que reprendre une proposition très sérieuse du rapport Zelnik sur la création et internet, remis au ministre de la culture Frédéric Mitterrand le 6 janvier6. Pourtant, commercialiser un fichier numérique, téléchargeable et reproductible à l'infini sans aucun frais supplémentaire, ne peut se faire au même prix que la vente d'un livre imprimé : les plateformes anglo-saxonnes l'ont bien compris, qui proposent la plupart des classiques en anglais, quel que soit leur volume, à moins d'un euro. Rien n'empêche d'ailleurs ces dernières d'offrir à ce prix des versions francophones : les seuls perdants seront alors les éditeurs français, victimes de leur propre gourmandise.

Quand l'État privatise le patrimoine culturel

Or la question de l'accessibilité de la culture par la numérisation est très éloignée des préoccupations des pouvoirs publics, enferrés dans la lutte avec Google pour le contrôle des contenus. Car au-delà du catalogue des maisons d'édition, il existe un patrimoine inestimable, détenu par les bibliothèques, et particulièrement la Bibliothèque nationale de France (BnF). Revenons aux Misérables. La première édition datant de 1862, est intégralement dans le domaine public. Non seulement le texte de Victor Hugo, bien sûr, mais également, par exemple, la mise en page d'une édition ancienne, les caractères, les illustrations. Pour être clair, réimprimer à l'identique une édition originale est totalement libre de droits, il s'agit d'ailleurs là de la définition même du domaine public. Or, la BnF a numérisé depuis longtemps Les Misérables dans une version ancienne, disponible sur son portail Gallica, qui donne accès à près d'un million de documents, dont 150 000 livres7. Pourtant, la reproduction de tout fichier, par exemple pour réimpression, est strictement prohibée par la bibliothèque, qui soumet toute réutilisation à certaines conditions8, en particulier à des tarifs de réutilisation commerciale, selon le nombre de pages numérisées et selon le tirage prévu. Réimprimer Les Misérables dans une version faisant partie du domaine public, dans un tirage suffisamment large pour réduire les coûts de production, serait dès lors soumis à une indemnisation de plus de 100 000 euros pour la BnF, soit l'équivalent d'un à-valoir pour un grand auteur à succès.

bnf.jpgCela paraît injuste ? Pire encore, c'est illégal. La BnF se fonde en effet sur des textes de loi mal interprétés. Les conditions de réutilisation pour les « informations publiques » instituées par la loi de 1978 sur l'amélioration des relations entre l'administration et le public s'appliquent en effet à des documents strictement administratifs (art. 1 et 10) dont une liste large est dressée, parmi laquelle ne figurent pas les textes littéraires tombés dans le domaine public9. Ce que revendique la BnF correspond par ailleurs à de nouveaux droits d'auteur, qui s'appliqueraient à l'acte même de numérisation. Or, il faut pour cela assimiler la numérisation à une œuvre photographique au sens de l'article L. 112-2 du Code de la propriété intellectuelle. Problème : la reproduction à l'identique d'une œuvre préexistante n'est pas en elle-même une « œuvre de l'esprit ». La jurisprudence estime en effet qu'une œuvre doit être originale, c'est à dire doit constituer le reflet de la personnalité de son auteur, ce qui ne s'applique pas à la reproduction automatisée à un rythme industriel : « l’originalité dans la forme constitue la pierre de touche des droits d’auteur », selon la formule d'Henri Desbois10. Autre constat, « la qualité d'auteur appartient, sauf preuve contraire, à celui ou à ceux sous le nom de qui l'oeuvre est divulguée » (L. 113-1), et personne n'a encore entendu parler des « Misérables, de la BnF ». Enfin, la base de données que constitue Gallica est protégée, mais un ou plusieurs fichiers extraits d'une base de données, qui plus est destinée au public, ne peuvent être considérés comme une partie de celle-ci : la propriété intellectuelle ne s'applique en effet qu'à la disposition systématique ou méthodique des éléments individuellement accessibles (L. 112-3).

Les conditions abusives qui sont appliquées à la reproduction des ouvrages de la BnF se basent en fait essentiellement sur la propriété matérielle des exemplaires concernés. Impossible en effet pour un éditeur, quel qu'il soit, d'accéder à une si riche collection d'ouvrages libres de droits. Or, outre le fait que ces exemplaires, faisant partie de collections publiques, appartiennent à tous les Français, et non à aucun d'entre eux, il s'agit là-encore d'un abus de droit, le CPI disposant que « la propriété incorporelle […] est indépendante de la propriété de l'objet matériel » (art. L. 111-3). On constate donc aisément que l'État, via la BnF (établissement public administratif), méconnaît le domaine public, et plus exactement viole ce dernier, alors même qu'il s'agit là, justement, du patrimoine humain devenu universel, et insusceptible d'appropriation.

Lire : un loisir de riches

La première conséquence de cette limitation des droits est bien d'empêcher toujours mieux la commercialisation massive de textes anciens, par voie numérique ou par voie imprimée. Le lecteur, lui, paie toujours plus cher lorsqu'il veut accéder à un livre, quel qu'il soit, libre de droits ou non. Mais les conséquences sur l'accès à la culture littéraire sont, elles aussi, directes, comme en témoignent les chiffres des enquêtes sur les pratiques culturelles des Français, menées par le ministère de la culture et de la communication11 (voir figures ci-dessous) : alors que le nombre de Français lisant au moins un livre dans l'année était le même en 2008 qu'en 1973 (70%), le nombre de personnes lisant au moins vingt livres diminue, lui, de façon constante (16% en 2008 contre 28% en 1973). Et si le ministère se plaît à mettre en avant la forte diminution des foyers ne possédant aucun livre (6% en 2008, contre 9% en 1997), il ne s'inquiète pas de la diminution équivalente du nombre de foyers disposant d'une bibliothèque comptant 200 titres au moins, soit une collection somme toute modeste (22% en 2008 contre 25% en 1997). Or, ces inégalités culturelles résultent directement d'inégalités économiques. Comme le relève l'Observatoire des inégalités, le pourcentage moyen de personnes ayant lu au moins un livre dans l'année écoulée recouvre des différences profondes : un cadre supérieur sur dix ne lit pas, contre environ un ouvrier ou un agriculteur sur deux12.

Le marché du livre en France est si fermé, qu'il l'est donc même au consommateur. En effet, alors que la demande française de livres demeure parmi les plus fortes au monde, le prix, lui, bat aussi des records. D'un point de vue économique, le livre a bien, en France, les caractéristiques d'un produit de luxe.

livres 2.jpg

Notes :
(1) Ces chiffres comme la plupart de ceux de cet article sont issus des chiffres-clés publiés chaque année par la Direction du livre du Ministère de la culture et le Centre national du livre.
(2) Hubert Artus et David Servenay, « Comment les écrivains français gagnent leur vie ? », Eco89, 9 novembre 2008
(3) Constat dressé par le magazine Time en 2007, dans un fameux dossier polémique.
(4) Estimation à partir des chiffres de Livres Hebdo (1er juillet 2009 , 7 décembre 2009).
(5) Jean-Claude Utard, Cours sur l'édition française, Mediadix/Paris-X.
(6) Patrick Zelnik, Jacques Toubon, Guillaume Cerruti, Création et internet, rapport au ministre de la culture et de la communication, janvier 2010.
(7) gallica.bnf.fr.
(8) Conditions d'utilisation des contenus de Gallica.
(9) « les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, directives, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions et décisions », loi n°78-753 du 17 juillet 1978.
(10) Référence doctrinale du droit de la propriété littéraire et artistique, auteur du manuel le plus connu sur la question.
(11) pratiquesculturelles.culture.gouv.fr.
(12) « L'inégal accès à la lecture », Observatoire des inégalités, 11 novembre 2009.

Crédits iconographiques : 3. © 2009 Thomson Reuters / Gonzalo Fuentes

09:20 Publié dans Politique culturelle, Question sociale | Lien permanent | Commentaires (28) | Tags : culture, édition, inégalités |

Commentaires

D'où l'importance des réseaux autre que l'achat du neuf ( Bibliothèque, occasion, amis, livres itinérants, etc ).

Écrit par : Fran | 19/01/2010

Il y a beaucoup de bibliotheques casi gratuites en france, quel pourcentage d'élèves en poussent les portes?

Écrit par : larchi | 19/01/2010

Tristement d'accord :(

Écrit par : eusebe | 19/01/2010

MAGISTRALE démonstration !
J'en suis réduit à acheter mes livres un an après parution, à bon prix, sur eBay ou PriceMinister.
Les nouveautés sont inabordables.

Écrit par : Ruffo | 19/01/2010

Faites comme moi, achetez vos livres d'occasion et revendez ceux que vous ne lisez plus ... on trouve des livres d'occasion en très bon état et j'aime l'idée d'un livre passant de mains en mains ... sinon il reste aussi les bibliothéques si on a le temps de s'y rendre ...

Écrit par : marieg | 19/01/2010

Oui les livres sont chers, et mon seul moyen de m'en payer c'est d'aller chez Emmaus, ou les trouver sur ebay, mais au moins je lis. et tant pis si je ne peux pas me payer la dernière nouveauté en même temps que tout le monde. ce qui me choque c'est le grand nombre de personnes que je connais et côtoie et qui n'ont pas de problèmes financiers particuliers, mais qui n'ont pas le moindre livre chez eux, car ils n'en ont pas l'intérêt, et qui transmettent cette "culture" à leur enfants.... ca, ça me choque. un peu comme tous c'est gens qui préfère acheter des tonnes de paquets de gâteaux à 1euro pièce plutôt que de se payer 1kg d'orange à 2€ car c'est soi disant cher.

Écrit par : Pauline94 | 19/01/2010

Bravo pour cette excellente analyse qui démontre une nouvelle fois qu'à force de vouloir tout protéger et tout réguler on pénalise inéluctablement les consommateurs.
Il est urgent d'abolir les lois archaïques et imbéciles de monsieur Lang sur ce sujet.

Écrit par : Restons Correct | 19/01/2010

Le dernier Dan Brown sorti aux EU était à 30$ pris éditeur.
Il est 9,99$ chez Amazon et 8,99$ chez Wall Mart.
=> Impossible à faire en France !

Merci qui ? Merci le syndicat du livre, merci le gang des libraires...
En France, nous avons le "prix unique du livre" (en réaction à l'apparititon des 1eres FNAC dans les années 70), merci le législateur qui sacrifie systématiquement le consommateur aux intérêts des corporations de métier !

A ce compte là, je propose aussi le prix unique du pain, le prix unique de l'automobile, le prix unique du logement, et pourquoi pas allez, soyons fous: le prix unique de la coupe de cheveux ? tous au bol, hommes et femmes ? lol !
Allons-y, dans la logique de l'économie planifiée à prix contrôlés par l'Etat.
Ca a si bien marché en URSS, n'est-ce pas ?

La France n'est pas sortie de l'ancien régime, ou de Vichy, avec ses corporations de métier adoubées par le pouvoir.

La concurrence ? Le "laissez-faire, laissez passer" ?
Holà, fi !
Pas de ça chez nous mon bon monsieur !

Écrit par : EcoGuy | 19/01/2010

Voilà une fort bonne analyse et que je partage totalement. Pour ma part je me suis inscrit à ma bibliothèque municipale et d'un autre côté je me procure des ouvrages d'occasion. Ce sont les moyens que j'ai trouvé pour ne pas grever mon modeste buget.

Écrit par : Stéphane | 19/01/2010

Vivement que l'on nous vende des fichiers numériques pas cher. Un fichier N'EST PAS un livre, un livre c'est un truc avec des pages, du papier, une couverture...

Les éditeurs qui voudront reproduire un modèle économique vont se planter. S'ils étaient raisonnables ils regarderaient chez leurs collègues du disque...

Écrit par : ajcgh | 19/01/2010

Cette histoire de méchants bolchéviques avec leur prix unique du livre est là pour nous rappeler que la concurrence libre et non faussée est toujours profitable aux consommateurs, comme dans le cas des prix "très bas" des abonnements de téléphonie mobile... Ou me trompé-je ?

La concurrence ne se fait que trop rarement au profit du consommateur. Et je suis bien content que mon libraire indépendant puisse vendre ses livres au même prix que la Fnac. Si le prix était libre, mon libraire coulerait car les distributeurs feraient des ristournes aux grosses enseignes en fonction du volume d'achat, ce dont ne bénéficieraient pas les petits libraires.

Les élèves ne poussent pas les portes des bibliothèques ? Mais si il n'y a pas un livre dans leur environnement familial et que tous les livres qu'ils ouvrent sont des ouvrages scolaires non associés à la notion de plaisir, est-ce étonnant ?

Écrit par : Raphaël AJ | 19/01/2010

Achetez des livres en francais sur ebay.co.uk ils sont moins chers memes avec des frais d'expedition.
Libre circulation des marchandises c'est pour l'Europe, mais la France semble etre en Afrique.

Écrit par : KiriRara | 19/01/2010

"Insusceptible" ?... Ça m'en indébouche un coin, pardi !...

Écrit par : ronan muel | 19/01/2010

À Raphaël AJ :

Que la concurrence soit profitable au consommateur est généralement incontestable et, puisque vous citez l'exemple de la téléphonie mobile, il s'agit justement d'un marché critiqué pour son manque de concurrence, dominé par un oligopole (trois opérateurs seulement en France, bientôt quatre).

Par ailleurs, sans vouloir défendre une vision jusqu'au-boutiste de la libéralisation et de la concurrence, cet article a simplement tenté de montrer que la conjonction du prix unique et de la concentration du milieu de l'édition débouche sur une situation qui est directement préjudiciable au consommateur, mais qui réduit également la qualité de la production et le dynamisme du secteur (standards d'impression médiocre dominés par les livres de poche, création de moins en moins renouvelée et peu lue à l'étranger), et qui ne favorise absolument pas les petites librairies qui traversent des jours très difficiles et, pour beaucoup, disparaissent. En réalité, ceux qui profitent du prix unique sont bien ceux qu'elle était censé contenir : les supermarchés de la culture.

Écrit par : La Brèche | 19/01/2010

La Brèche a parfaitement raison.
Je me souviens du temps où, dans n'importe quelle petite librairie de province, on trouvait la perle rare... Enfin la perle rare à nos yeux.
Aujourd'hui, c'est l'uniformisation à tous niveaux : titres, mise en place, présentation... On ne désire plus rien, c'est un univers sans âme.
On ne découvre plus rien chez un libraire.
Il noous faut savoir ce que nous voulons exactement et le commander sur internet.
Finie, la chasse au trésor, sauf dans quelques librairies d'occasion spécialisées.

Écrit par : Ruffo | 19/01/2010

Analyse parfaite.

Quant aux Misérables, on en trouvera le texte complet et gratuit (et scientifiquement établi) à http://www.groupugo.univ-paris-diderot.fr/Miserables/Default.htm
Mais également sur plusieurs autre sites -Google livres n'est pas le seul.

Écrit par : ROSA | 19/01/2010

Je ne sais comment mais il faut en finir avec le culte du "profit culturel" à la française, et le culte du profit tout court d'ailleurs!

Écrit par : kelonarion | 20/01/2010

Beau tissus d'âneries ...
Il suffit de faire une étude comparative sur la situation du livre et de la lecture en europe et par comparaison , par exemple , de la France avec les pays anglo saxons pour constater que les livres sont en réalité beaucoup plus facilement accessibles ( et moins chers) en france que partout ailleurs, que la diversité de l'offre , des auteurs et des éditeurs y est maintenue bien mieux que partout ailleurs, en dépit de l'hégémonie du marché qui s'est imposée partout ailleurs.
C'est d'ailleurs la raison pour laquelle nombres de pays où les librairies n'ont pas encore disparu ( l'allemagne notamment ) envisagent de "copier" l'exception française, qui dans ce domaine a donné des résultats qui font l'unanimité dans l'approbation des auteurs, des éditeurs et des lecteurs ... partout ailleurs.
Vos préconisations bien naïves, si elles étaient appliquées en france , déboucheraient sur l'écrasante et désastreuse domination du modèle "walmart" ( précarisation des clients, des employés, des auteurs et des employés des des fabricants) plutôt que sur une prétendue "accessibilité" à la culture.
En permettant en outre de maintenir un réseau dense et efficace d'éditeurs et de librairies indépendantes de proximité, la loi dite lang ( en réalité la loi Lindon) a permis que se maintienne et se développe dans ce contexte, éminemment culturel, un "lien social" déterminé par l'échange et des rapports sociaux de commerce au sens premier du terme, soigneusement et méthodiquement délabrés partout ailleurs et notamment par les sponsors putatifs de ce genre de propagande puérile et (très) mal informée (et intentionnée ?).

Écrit par : urbain | 20/01/2010

L'important, c'est de garder la ferveur de lire à vif...

Écrit par : Jalila | 20/01/2010

Depuis longtemps, des passionnés sont à l'œuvre pour fournir de 'ebooks' gratuits (du domaine public).
Par exemple : http://www.ebooksgratuits.com/ (environ 2000 livres gratuits.. en 4 ou 5 formats différents pdf, texte, epub...

Écrit par : jel | 20/01/2010

Un bon moyen de renouveler sa bibliothèque est d'échanger des livres avec ses amis, ces voisins, etc.

Vous pouvez aussi les transformer en livres voyageurs pour qu'ils circulent de lecteurs en lecteurs : http://www.livres-voyageurs.net

Pour compléter le message de jel sur les livres numériques gratuits, je vous signale aussi le travail du projet Guntenberg qui propose de nombreux ouvrages numérisés dont toute une collection en français : http://www.gutenberg.org/browse/languages/fr

Écrit par : LuneRouge | 20/01/2010

À urbain :

Votre message, cher monsieur, aurait dû éviter un ton si agressif, un tel mépris pour le travail à la base de l'article publié hier, et des sous-entendus infondés sur nos « intentions ». Toutefois, ce message, qui émane d'un libraire, traduit aussi les incertitudes des professionnels du secteur et, à ce titre, mérite une réponse détaillée.

L'étude comparative que vous invoquez n'existe pas en ce qui concerne le niveau réel de prix. C'est d'ailleurs de telles comparaisons qu'est partie l'idée de l'article, et les différences assez incroyables qui y sont relevées entre un côté et l'autre de la Manche, par exemple, ne peuvent pas être un hasard. Il est en revanche dommage que vous n'ayez aucun chiffre ou aucun fait à invoquer à l'appui de vos critiques. Car en fait de protéger les petits libraires, la situation actuelle, liée, répétons-le, à la combinaison entre le prix unique venu d'Allemagne (et non l'inverse) depuis la loi Lang (effectivement inspirée par Jérôme Lindon, le regretté directeur des éditions de Minuit), et la concentration du secteur, elle n'empêche pas les libraires de souffrir. Si vous préférez, en raison de la concentration du secteur, le prix unique ne peut plus bénéficier aux libraires indépendants.

Puisque vous parlez de risques de précarisation, la concentration soulignée chez les maisons d'édition (voir l'article) se retrouve par ailleurs dans le reste de la filière, par exemple chez les imprimeurs où CPI est l'acteur dominant, à l'échelle européenne cette fois. Rien ne permet donc de supposer qu'elle ne se retrouvera pas, à terme, dans la vente au détail.

Quant aux difficultés des libraires, elles sont indéniables, avec quelques cas emblématiques de fermetures (les PUF, Brentano's) mais aussi des centaines de disparitions chaque année en France. Il y a trente ans, on comptait 5 000 librairies dans le pays, on en compte aujourd'hui 2 500 (chiffre 2006). La presse a consacré ses pages à cette crise avant que le sujet passe de mode, mais la situation reste fragile (d'où les mesurettes permanentes pour ralentir la crise, comme la loi votée il y a quelques jours sur les délais de paiement) :
http://www.lefigaro.fr/debats/20061215.FIG000000044_le_salut_des_librairies_independantes_passe_par_internet_et_la_solidarite_professionnelle.html
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2006/12/14/les-librairies-dans-la-tourmente-par-christian-thorel-jean-marie-sevestre-et-matthieu-de-montchalin_845637_3232.html
http://afp.google.com/article/ALeqM5i3OX-lDA2Ttyjytmr6f27boIeDAQ

En réalité, la question des prix ne peut être éludée. Certains de vos confrères libraires en tiennent d'ailleurs compte, comme Emmanuel Delhomme (librairie Livre Sterling) dans cette tribune : http://bibliobs.nouvelobs.com/20070914/429/libraire-au-bord-de-la-crise-de-nerfs

Corrigée de l'inflation (et contrairement aux chiffres officiels avancés par le CNL ou le ministère), la hausse du prix des livres atteint 20% depuis 1960 (source : http://www.leconomiste-notes.fr/dotclear/index.php?2006/12/15/43-le-livre-en-crise). Or la contrepartie d'un produit de luxe, c'est aussi que la hausse du prix entraîne une diminution plus que proportionnelle de la demande. Dès lors, avec ou sans prix unique, le secteur déjà dominant de la grande distribution culturelle (en magasin et par correspondance) sera le seul à tirer son épingle du jeu d'un statu quo. En revanche, les libraires indépendants seront plus durement touchés encore, en particulier ceux qui, ayant une masse critique suffisante (surface commerciale et fonds suffisamment importants) pourraient survivre dans un système qui ne découragerait pas à ce point la demande des lecteurs.

Écrit par : La Brèche | 20/01/2010

Allez chez Maüss, vous faite une bonne action et les livres ne sont pas chers, une fois lus, vous leur ramenez gratuitement comme ça ils les revendent et vous pouvez en achetez d'autres par la même occasion, il y a un grand choix.

Écrit par : annie31190 | 21/01/2010

Ecrit par : La Brèche | 20/01/2010

Nouveau tissus d'âneries.
Il est pourtant assez simple de s'informer , il suffit de passer discuter avec un libraire ( ils sont toujours assez bien disposés et de bon conseil).

Écrit par : urbain | 04/02/2010

Vu le nombre de romans que je me procure chez les bouquinistes -boutique ou web- je ne suis pas d'accord avec l'assertion : "Lire : un loisir de riches".
De plus la lecture est un loisir partagé par un nombre de plus en plus restreint de Français, et ce n'est pas juste à cause du prix du livre !

Écrit par : BRC | 28/09/2010

si on ajoute le pourcentage d'illettrés...

Écrit par : calcio | 30/09/2010

Incomplète, cette enquête.
Pas un mot sur le syndicat du livre et les conditions de rémunération et de congés des "ouvriers" de l'édition.
Celà éclairerait certainement les lecteurs sur le prix de revient du livre et la comparabilité avec l'étranger...

Écrit par : Incomplet. | 26/01/2011

Si vous estimez que l'enquête est incomplète, rien ne vous empêche de nous apporter votre éclairage, ce sera plus utile. Merci par avance.

Écrit par : La Brèche | 26/01/2011

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