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22/02/2010

Prisons françaises : un suicide tous les trois jours

La mort de Jean-Pierre Treiber, samedi, remet au centre de l'actualité la question du suicide en prison.

Les chiffres du suicide en prison

suicide prison.jpgRappelons qu'avec 19 suicides pour 10 000 détenus en 2008, la France présente le taux de suicide en prison le plus élevé de l'Union européenne à quinze. Le Danemark, second de ce triste palmarès, présente un taux bien inférieur (13 suicides annuels pour 10 000 détenus). En 2009, 115 000 détenus se sont ainsi donnés la mort selon les statistiques officielles, maintenant le taux à son niveau de 2008.

Depuis le 1er janvier 2010, l'association Ban public recense 18 suicides et « morts suspectes » dans les prisons françaises. Soit plus d'un suicide tous les trois jours en milieu carcéral.

Interdire le suicide ou lutter contre ses causes ?

Face à cette question dramatique, Michèle Alliot-Marie, ministre de la Justice, avait annoncé en 2009 de nouvelles mesures de prévention. Ces mesures incluaient surtout la distribution de « kits anti-suicide » aux détenus considérés comme fragiles et susceptibles de tenter de se suicider (draps indéchirables et ininflammables, pyjamas en papier à usage unique). Des mesures purement techniques, qui rejoignent de précédentes initiatives (comme la suppression des « potences » de télévision dans les cellules), se révèlent inefficaces.

Les détenus peuvent en effet toujours recourir à d'autres modes de suicide, comme se trancher la gorge par exemple, ce qu'a fait un détenu du centre pénitentiaire de Toulon, également mort ce samedi. Surtout, ce type de mesures échoue à prendre la mesure des enjeux soulevés par ces drames et qui mêle de nombreuses questions (surpopulation, manque de personnel de surveillance, présomption d'innocence), à commencer par la plus élémentaire, celle du bien-fondé de l'incarcération.

Le visage de l'intolérable

Chacun de ces suicides est une tragédie personnelle qui rend quelque peu obscène l'affirmation selon laquelle un tel acte serait un aveu de culpabilité, selon les déclarations de l'avocat de la famille d'une des victime de l'affaire pour laquelle Treiber était soupçonné et incarcéré1. Rappelons ainsi qu'une semaine avant Jean-Pierre Treiber, un adolescent de 15 ans se donnait la mort à la maison d'arrêt de Rouen ; rappelons encore que de nombreux suicides en prison concernent des individus en détention provisoire, ou en attente de jugement. Les prévenus se suicident ainsi deux fois plus que les condamnés2.

Autre constat, beaucoup de suicides touchent les détenus placés à l'isolement (c'était d'ailleurs le cas de Jean-Pierre Treiber), une pratique à laquelle l'administration pénitentiaire française recourt de façon excessive et abusive, en particulier à l'encontre de détenus fragiles psychiquement ou atteints de pathologies psychiatriques graves, comme l'a souligné le Comité de prévention de la torture du Conseil de l'Europe3.

Enfin, le suicide n'est que l'aspect le plus visible et choquant de l'intolérable carcéral. On constate d'ailleurs que les détenus se suicident cinq à six fois plus que les hommes de 15 à 59 ans, et que la majorité des suicides interviennent en début de détention (un quart a lieu dans les deux premiers mois)4. Nous consacrions un article à la question il y a seulement quelques jours : « La prison, l'intolérable ».

Notes :
(1) Me Francis Spitzner, avocat de la famille Giraud, s'est en effet exprimé en ces termes : « Treiber par ce suicide a avoué, il s'est infligé une peine définitive que notre code pénal a aboli. C'est une fin qui évidemment, pour la famille de Roland Giraud, est frustrante, elle ne la souhaitait pas. Elle souhaitait un procès, des explications. Il y aura une immense frustration, il n'y aura pas de procès, certaines zones d'ombre du dossier ne seront jamais éclaircies et puis en même temps c'est la fin de l'affaire même si c'est une fin brutale, inattendue. »
(2) Géraldine Duthé, Angélique Hazard, Annie Kensey, Jean-Louis Pan Ké Shon, « Suicide en prison : la France comparée à ses voisins européens », Population et sociétés, n° 462, décembre 2009.
(3) Rapport au gouvernement de la République française, Strasbourg, 10 décembre 2007. De nouvelles visites ont été annoncées pour 2010 afin d'évaluer les changements intervenus.
(4) Géraldine Duthé et al., op. cit..

Crédits iconographiques : © 2009 Nagy.

09:27 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : prison |

19/02/2010

La prison, l'intolérable

Le 12 février se tenaient à Paris les cinquièmes assises de la prison, organisées par le Sénat et l'Assemblée nationale. L'occasion de revenir sur l'histoire d'une cause et de son abandon, et de rappeler la gravité de ses enjeux.

Les prisons françaises toujours inhumaines

Il s'agit d'une réalité si connue, si souvent répétée qu'elle en devient banale : les prisons françaises sont surpeuplées, offrent des conditions de vie déplorables, elles sont également le lieu de traitements inhumains ou dégradants, elle n'assurent pas leur mission de réinsertion. Elles ont ainsi été critiquées — et l'État parfois condamné — à de multiples reprises, par des rapports parlementaires (à l'Assemblée nationale et au Sénat, en 2000, travaux malheureusement non renouvelés), par des institutions nationales (la Cour des Comptes, la Commission nationale de déontologie de la sécurité, l'Institut national d'études démographiques), par des organisations internationales (Cour européenne des droits de l'homme1, Comité de prévention de la torture du Conseil de l'Europe) et par des organisations non gouvernementales (Observatoire international des prisons, Amnesty International).

 

France-Paris-Prison-Sante-1-2.jpg cellule_sante.jpg

Quelques simples faits donnent un aperçu de la situation. Avec 66 000 prisonniers environ, la population carcérale a augmenté de 36 % depuis 2002. Le taux d'occupation moyen des prisons françaises est de 111 %, et atteint 124,5 % dans les maisons d'arrêt2. Déjà, en 2000, Véronique Vasseur dressait un tableau effrayant :

« Les cellules font dix mètres carrés et demi et accueillent trois ou quatre détenus. Les murs sont de couleur papier kraft avec une petite ampoule de 60 watts, à trois mètres du sol. Ils suintent de salpêtre. La fenêtre est minuscule et aucun air ne circule. Les carreaux cassés ne sont pas changés, le W.-C. collectif n'a même pas de paravent et on s'étonne qu'ils soient tous constipés. Essayez de déféquer devant trois inconnus ! La vermine envahit les matelas3. »

Au-delà de ces questions de « confort », le rapport du Comité de prévention de la torture effectué à la suite de ses visites en France en 2006 révélait un certain nombre de mauvais traitements, des cas de violences entre détenus, et l'usage excessif et sans contrôle de régimes de détention spéciaux, notamment le quartier d'isolement, « devenu le lieu de rejet de détenus difficiles à gérer, psychiquement atteints et pour certains, atteints de pathologies psychiatriques graves et chroniques, pour lesquels une prise en charge psychiatrique s’avère nécessaire »4. Conséquence la plus grave et visible de ces conditions, en cinquante ans, le taux de suicide dans les prisons françaises a quintuplé, en passant de 4 suicides pour 10 000 détenus en 1960 à 19 en 2008. La France présente le taux de suicide en prison le plus élevé de l'Union européenne à quinze, loin devant le Danemark, deuxième avec 13 suicides annuels pour 10 000 détenus5.

La leçon du GIP

Intolérable : le qualificatif est le seul qui s'impose face à cette situation. Or, un constat comparable était déjà dressé il y a une quarantaine d'années. Intolérable était en effet le titre retenu pour les publications du Groupe d'information sur les prisons (GIP). Celles-ci, aux nombre de quatre, furent respectivement consacrées aux conditions de détention dans 20 prisons françaises (mai 1971), à la prison de Fleury-Mérogis, alors considérée comme un établissement modèle (juin 1971), à la mort suspecte de George Jackson à la prison de San Quentin, aux États-Unis (novembre 1971), et enfin aux suicides dans les prisons (février 1973).

kagan-72-3.jpgQu'est-ce que le Groupe d'information sur les prisons ? Il y a près de quarante ans était signé le manifeste qui y donnait naissance, par trois des plus grands esprits français du temps : Michel Foucault, Pierre Vidal-Naquet, et Jean-Marie Domenach qui le publiait dans les pages de la revue Esprit, le 8 février 1971. Et derrière l'anonymat des publications du GIP se trouvent d'autres figures intellectuelles majeures (Gilles Deleuze, Daniel Defert, Jacques Donzelot, Danièle Rancière), ainsi que des journalistes, des médecins, des magistrats, et bien entendu des détenus et proches de détenus. La mission que s'assigne alors le GIP est d'utilité publique : informer sur les prisons en donnant la parole à ceux qui y vivent, qui y sont détenus ou qui y travaillent, contourner le jeu des hiérarchies internes, ses blocages, ses censures, ses répressions, pour dire l'intolérable, et faire connaître les refus, les mouvements de colère, les mutineries, en particulier la vague de révoltes de l'hiver 1971-1972. Cette parole, ces faits, le GIP les fait connaître au public le plus large, par ses publications, par ses réunions publiques, par ses tracts distribués dans les lieux publics. Et il les porte jusqu'au ministère de la Justice, lorsque le 17 janvier 1972 Michel Foucault y tient une conférence de presse improvisée et y lit la déclaration des prisonniers de la centrale de Melun, aux côtés de Jean-Paul Sartre. Un texte qui émane des détenus, donc, une parole portée par Foucault, des revendications simples, belles, responsables, appelant à l'élection de comités représentatifs des détenus, et affirmant que « la réinsertion sociale des prisonniers ne saurait être que l'œuvre des prisonniers eux-mêmes »6.

L'expérience du GIP tourna court puisque le groupe décida sa dissolution en décembre 1972, même si l'action fut poursuivie par un comité d'ex-détenus, le Comité d'action des prisonniers. Mais au-delà de ces quelques mois d'expérience, le GIP montre la défense d'une cause par de nouveaux modes de lutte, et plus encore un bouillonnement intellectuel sur la question carcérale, une réflexion globale sur celle-ci, que poursuivront certains, à commencer par Foucault dans ses cours au Collège de France sur la société punitive7 et dans Surveiller et punir8. Ving-cinq ans plus tard, la situation dans les prisons n'a pas beaucoup changé, quelques améliorations, beaucoup de dégradations, et un système carcéral de moins en moins questionné dans son ensemble. La cause des prisonniers est à l'abandon, et on pourrait chercher très longtemps les figures notables qui auraient succédé aux Vidal-Naquet, aux Foucault, aux Deleuze. La prison fait partie de ces causes délaissées par des intellectuels sans engagement, sans conscience collective, qui ont depuis longtemps confisqué la parole.

L'anomie carcérale aujourd'hui

Regroupant des personnalités d'horizons différents, ayant elles-mêmes des idées différentes quant au système pénal et au monde carcéral, le GIP soulève cependant une question cruciale. Les prisons sont alors situées pour ainsi dire hors du droit, elles fonctionnent selon des règles opaques, instables, variant d'établissement en établissement. L'arbitraire de la prison, la quasi-anomie qui y règne, voilà où réside au fond l'intolérable. Une situation qui ne correspond d'ailleurs pas non plus aux théories de la prison. Déjà en 1819, Decazes, alors ministre de l'Intérieur, l'affirmait énergiquement : « La loi doit suivre le coupable dans la prison où elle l'a conduit »9.

Or l'anomie est toujours une réalité du monde carcéral. Moins visibles que la surpopulation  ou l'insalubrité, les problèmes qui en découlent sont pourtant majeurs. Ce sont les violences, à commencer par celles, trop courantes, entre détenus : agressions, racket, règlements de compte, viols. Des faits graves sur lesquels, selon le rapport sénatorial de 2000, « les surveillants peuvent être conduits, par lassitude et résignation, à "fermer les yeux" ». C'est la cantine, système incontournable pour vivre : nourriture (les rations offertes étant notablement insuffisantes), tabac, produits d'hygiène figurent parmi les premiers postes de dépense des détenus. « Cantiner » est une obligation, et même le strict nécessaire se paye : savon, papier hygiénique. Quant au véritable luxe qu'y constitue la télévision,  son coût élevé en décourage beaucoup, mais des tarifs de location approchant parfois des 50 € mensuels en font le second poste de dépense ces dernières années10. Un système abusif, des prix arbitraires et excessifs permettant l'administration de chaque prison de s'en mettre « plein les poches », toujours selon le rapport du Sénat. Et qui force beaucoup de détenus à travailler pour vivre, alors que l'obligation du travail a théoriquement été supprimée en 1987. Mais ce n'est là qu'une des conséquences de la cantine, qui stimule aussi les rackets, les trafics, la constitution de rapports de domination basés sur l'argent — dont la détention est théoriquement interdite en prison — et l'échange de « services », qu'il s'agisse de faire le ménage ou de consentir à des relations sexuelles. Les inégalités hors de la prison sont non seulement reproduites, mais décuplées entre les murs.

Wlatelier.jpgQuant au travail en prison, non seulement il est bien souvent subi plutôt que choisi, mais on sait également qu'il ne favorise pas la réinsertion, comme le montrent les statistiques de l'Espace liberté emploi, le « Pôle emploi » des ex-détenus. Celle-ci « passe par la culture, par des minimums de base, savoir lire et écrire. Le pourcentage d'illettrés en prison est énorme », comme l'expliquait en 2000, à la commission d'enquête de l'Assemblée, Cécile Rucklin, la présidente du GENEPI (le groupement étudiant national d'enseignement aux personnes incarcérées ). Mais les détenus qui travaillent sont la source d'un véritable « business » très fructueux, comme le soulignent Gonzague Rambaud et Nathalie Rohmer dans une récente enquête11. Sans contrat de travail, les détenus ne bénéficient pas de certaines garanties élémentaires (Smic, congés payés, droit syndical, arrêt maladie), et travaillent dans des conditions d'hygiène et de sécurité déplorables, hors de tout contrôle de l'inspection du travail (qui ne peut visiter les prisons que sur invitation). Une véritable « délocalisation sur place », dont profitent de grandes marques comme EADS, Yves Rocher, Bic, L'Oréal ou Post-It, directement ou par l'intermédiaire de sous-traitants.

Penser (sans) la prison

Face à cet intolérable persistant, les tensions et révoltes existent toujours, mais elles sont mieux étouffées et peu médiatisées. Les mouvements de protestation parfois violente menés par les surveillants pénitentiaires ces derniers mois étaient en revanche plus difficile à passer sous silence. Or, la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 ne change pas la donne, le droit n'évolue pas, voire régresse, l'administration pénitentiaire conserve des pouvoirs considérables, et de nombreuses règles demeurent à préciser par décret. Le principe de la 9782070729685.jpgcellule individuelle n'a ainsi été sauvé que de justesse par le Parlement, contre l'avis du gouvernement. La seule solution avancée à la surpopulation est la construction de nouveaux établissements, là où la Finlande, par exemple, a réussi à diviser par deux son taux de détention en vingt ans grâce à une politique volontariste12. Enfin, l'augmentation de l'aménagement des fins de peine voit dans le même temps celui-ci échapper au juge d'application des peines pour passer sous le pouvoir de l'administration pénitentiaire.

Le décalage entre la question carcérale et les discours politiques est plus que jamais manifeste. Les assises de la prison, qui se tenaient le 12 février, se sont closes sur un discours de Michèle Alliot-Marie, ministre de la Justice. Celle-ci a notamment affirmé son opposition à « une conception déshumanisée de la prison ». Une déclaration surprenante, pour qui se penche sur la question carcérale qui est, de toute évidence, un système de déshumanisation, une solution technique qui, comme le souligne Foucault dans Surveiller et punir, remplace la procédure punitive dans la justice pénale contemporaine. Penser la prison ne peut se faire sans penser l'échec de la prison, ses maux, tous chroniques depuis plus de deux siècles (création de nouvelles délinquances, récidive). Ni sans penser l'utilité de la prison lorsque les enjeux affichés, qu'il s'agisse de l'insertion ou de nécessité thérapeutique, ne sont que difficiles à mettre en rapport avec la privation de liberté. Penser la prison ne peut pas non plus se faire sans prendre en compte sa place dans la société, sa nature politique d'instrument de pouvoir. Et sans imaginer son absence.

Notes :
(1) Pour une affaire récente, CEDH, 9 juillet 2009, Khider c. France (violation de l'article 3 de la convention, traitements inhumains et dégradants).
(2) Laurent Mucchielli, « La population carcérale s’est stabilisée en 2009 à un haut niveau », Délinquance, justice et autres questions de société (blog), 15 janvier 2010.
(3) Véronique Vasseur, Médecin-chef à la prison de la santé, Paris, Le Cherche midi, 2000.
(4) Rapport au gouvernement de la République française, Strasbourg, 10 décembre 2007. De nouvelles visites ont été annoncées pour 2010 afin d'évaluer les changements intervenus.
(5) Géraldine Duthé, Angélique Hazard, Annie Kensey, Jean-Louis Pan Ké Shon, « Suicide en prison : la France comparée à ses voisins européens », Population et sociétés, n° 462, décembre 2009.
(6) Repris dans Philippe Artières, Laurent Quéro et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), Le groupe d'information sur les prisons. Archives d'une lutte 1970-1972, Paris, IMEC, 2003.
(7) Repris dans Michel Foucault, Dits et écrits, tome II (1970-1975), Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des sciences humaines », 1994.
(8) Michel Foucault, Surveiller et punir. Naissance de la prison, Paris, Gallimard, 1975.
(9) Élie Decazes, « Rapport au roi sur les prisons », Le Moniteur, 11 avril 1819, cité par Michel Foucault, Surveiller et punir, p. 288.
(10) La récente mise en place d'un forfait unifié de 18 € par l'administration pénitentiaire ne concerne, pour le moment du moins, que les établissements gérés par des prestataires privés.
(11) Gonzague Rambaud, Nathalie Rohmer, Travail en prison : enquête sur le business carcéral, Paris, Autrement, 2010.
(12) Stéphanie Coye, « Leçons finlandaises », Dedans/Dehors, n°60, mars-avril 2007.

Crédits iconographiques : 1 et 2. Prison de la santé © Ban public ; 3. Michel Foucault et Jean-Paul Sartre le 17 janvier 1972 © Élie Kagan ; 4. Atelier de travail en prison © Ministère de la Justice ; 5. © Gallimard.

09:26 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : prison, loi pénitentiaire, michel foucault |

08/02/2010

Identité nationale, le sens d'un débat. (3/3) L'identité nationale et ses conflits

Après trois mois, le « grand débat » sur l'identité nationale doit donc prendre fin, à Matignon, ce lundi. Ou plutôt, le premier ministre a-t-il finalement décidé d'un « point d'étape » afin de tirer les « premières conclusions » d'un débat dont la fin n'est donc plus fixée. Mais la fin, ce n'est pas seulement la conclusion, c'est aussi l'objectif : et celui-là se dérobe.

*

III. L'identité nationale et ses conflits

Cette réflexion, elle aussi, doit donc se conclure. Une première étape avait permis de constater que la Nation est une entité abstraite, aussi bien culturelle que politique, invoquée comme justification de l'État, et sujette à redéfinition permanente, à travers un « projet national » toujours à construire. Puis, l'examen de l'expression « identité nationale » y voyait une dynamique, créant le rassemblement de la communauté des citoyens et dessinant les limites de celles-ci. La crise actuelle de l'identité, fragilité réelle ou ressentie, se manifeste de façon particulièrement aiguë à travers les débats récurrents sur l'immigration, mais aussi par le désarroi affiché face à la mondialisation. Ce dernier conduisant aussi bien à une démarche renforcée d'assignation d'identité — apprentissage réglementé de l'identité nationale pour l'enfant ou pour le naturalisé — ou à la mise en scène spectaculaire de frontières, que ce soit par des murs physiques, comme le souligne Wendy Brown, ou par des murs virtuels. On peut citer comme exemples de ces derniers l'idée d'exception culturelle, ou le contrôle accru d'internet, des pratiques comparables dont on constate d'ailleurs que la première est aussi réelle en Chine qu'en France (pour un exemple récent, on peut se souvenir de la déprogrammation du film Avatar par le régime de Pékin, au profit d'un film sur Confucius), tandis que le second, pratique depuis longtemps décriée en Chine, semble une préoccupation de plus en plus prégnante en France (Loppsi, loi Hadopi, taxe « Google »).

Une raison profonde du débat réside sans doute dans cette fragilité-là, cet effroi généralisé des gouvernants et des citoyens face au monde globalisé, et son déferlement d'inconnu essentiellement fantasmé. Voilà du moins ce qui, dans le contexte actuel, a créé les circonstances propices à ce que se débat se pose, non pas seulement en novembre 2009, mais également pendant la campagne présidentielle de 2007 ; et non pas seulement à ce que se pose un débat sur l'identité nationale mais aussi des débats constants, sur l'exception culturelle, l'immigration, les sans-papiers, les délocalisations, et d'autres questions toutes aussi peu fondamentales.

Lier le débat actuel à ce contexte est donc à la fois nécessaire et insuffisant. Car la cristallisation de ce débat repose, elle, sur des responsabilités individuelles : celles du président actuel, de sa majorité, de son gouvernement, de son ministre de l'immigration. Cette cristallisation a passé par un site internet, des forums animés par les préfets, et surtout une question récurrente, inquiétante par le fait même qu'on n'en peut imaginer aucune réponse satisfaisante et définitive : « Qu'est-ce qu'être Français ? »

Stigmatisation nationale

Exposition Le Juif et la France Michel Jacquot 1941.jpgSi cette question est posée, c'est pourtant que l'on a estimé qu'elle « fait débat », que la réponse n'en est pas évidente. Le flou même de la question est problématique, mais une telle question ne saurait d'évidence se poser qu'en imaginant, en face du « être Français » un « ne pas être Français », un « être étranger ». Dès lors, la question devient plus transparente : « Qu'est-ce qu'être Français ? » appelle une contrepartie naturelle : « Qu'est-ce qu'être étranger ? » Plus exactement, il est demandé aux Français — seuls impliqués dans ce débat — de définir ce qui peut qualifier les Français et les distinguer des étrangers, et inversement, ce qui peut distinguer (ou permettre de distinguer) l'étranger du Français. Le glissement était donc prévisible du « Qu'est-ce qu'être Français ? » au « Qui est Français ? », et c'est bien cette dernière interrogation qui a dominé le débat depuis trois mois. Tout sauf un hasard : la définition de l'identité nationale est, rappelons-le, une attribution du ministère dont la compétence première est l'immigration et, en particulier, l'attribution de la nationalité française et son refus.

Ce dont il s'agit, pour définir l'identité rassembleuse, c'est donc bien de définir les critères de l'inclusion et de l'exclusion. Et, pour cela, il n'était pas seulement question de fixer des critères, par exemple, pour l'acquisition de la nationalité française par des étrangers qui souhaiteraient rejoindre la communauté nationale. L'enjeu central du débat est la démarche inverse : définir qui, au sein des détenteurs de la nationalité française, ne correspond pas à l'identité nationale définie au terme du débat. Redéfinir l'identité nationale, c'est logiquement remettre en question le périmètre de la Nation et exclure ceux qui ne méritent pas (ou plus) d'en être. Ce débat si novateur ne fait donc que renouer avec Carl Schmitt et la distinction ami/ennemi fondatrice, selon lui, du fait politique1.

Cette exclusion est d'ailleurs devenue plus visiblement stigmatisation puisqu'en trois mois, l'essentiel du débat s'est concentré sur la question de l'Islam. Pas question de ici de soulever des questions pourtant essentielles sur les divers courants de l'Islam, de se concentrer sur les dérives de certaines sectes, ou au contraire d'en considérer d'un œil critique certains fondements incontestés, et les moins sujets à varier selon les interprétations. Ce dont il s'agit est bien autre chose, il s'agit de caricaturer avec vulgarité, grossièreté, à grands renforts de minarets, de burqa, de terroristes et d'autres maux. Et dans ce contexte, les opposants au débat sur l'identité nationale ont manqué d'arguments pertinents. Dénoncer l'amalgame quand celui-ci était pour l'essentiel volontaire ne pouvait pas aboutir à grand-chose. Plus encore, affirmer que le débat sur l'identité nationale avait été lancé pour détourner l'attention des Français des vrais problèmes était maladroit. Car l'identité nationale, ou plutôt la stigmatisation nationale est une stratégie, non de détournement, mais de règlement. Désigner l'exclu, l'indésirable ne sert pas seulement à rassembler, mais aussi à assouvir. Dans un contexte de « crise sociale », René Girard souligne ainsi que « les individus ont forcément tendance à blâmer soit la société ds son ensemble, ce qui ne les engage à rien, soit d'autres individus qui leur paraissent particulièrement nocifs pour des raisons faciles à déceler ». La foule, alors, « cherche une cause accessible et qui assouvisse son appétit de violence »2.

Montrer l'inanité du danger représenté par une poignée de minarets, ou quelques centaines de femmes revêtant la burqa, ne sert à rien. Au contraire : d'une part, la marginalité même d'un phénomène rend plus aisé et moins résistible l'assouvissement ; d'autre part, le but de l'exclusion est de créer une différence qui jusque là n'était pas apparente. Distinguer un Français dit « de souche » d'un Français originaire d'un pays du Maghreb n'est pas forcément très aisé, au premier coup d'œil. En revanche, désigner le second principalement comme « arabe », « musulman », et le rattacher à l'ombre menaçante du minaret, au spectre de la femme voilée de pied en cap que l'on risquerait un jour de croiser dans sa cage d'escalier, permet de le rendre visible, de révéler un danger non pas comme s'il était neuf, mais comme s'il était jusque là ignoré. De désigner ceux que l'on associe à ce danger (« les arabes », « les musulmans ») afin d'éviter la fusion, qui ne peut se faire sans confusion. Le but n'est plus d'intégrer mais de distinguer, par le stéréotype, la simplification, le « profil » dangereux. La démarche n'est plus très éloignée de certaines pratiques anciennes de stigmatisation, la peur de « l'islamisation » ne faisant que répondre à celles du « complot juif » ou du « bolchevisme ».

L'ambition du consensus et la passion de l'unité

photo_1264143951716-1-0.jpgEt pour régler cette question épineuse, pour trancher la question du « qui est Français ? », ce que l'on décida d'organiser fut, non pas une consultation, ni une réflexion, mais un débat. Or, le débat est une forme de discussion particulière, qui suppose des points de vue contradictoire sur une question ou un problème, peut-être même un conflit. Le débat est un moment de confrontation entre des camps opposés sur leurs idées, leurs projets. Dans la tradition de la cinquième République, un débat rythme ainsi le calendrier électoral : celui de l'entre-deux tours de l'élection présidentielle. Or on n'a jamais demandé à deux candidats à la présidentielle, à la veille d'un second tour, de se mettre d'accord. Cela n'est pas imaginable, n'est pas même souhaitable dans l'esprit de ce fonctionnement institutionnel qui, dans ce cas, n'aurait plus de raison d'être. Le principe du débat est justement de montrer l'absence d'accord possible, d'imposer un choix. Et pourtant, le ministre Besson voudrait, lui, parvenir à « conclure » un débat. Ce qu'il propose c'est, sur le mode de la dissertation lycéenne, une « synthèse ». Comme si thèses et antithèses, une affirmation et sa négation, pouvaient toujours se résoudre en un « peut-être ».

Or, cette fameuse conclusion, elle a donc été reportée sine die et n'aura pas lieu en ce 4 février. Mieux encore, ce que l'on sait de la fin du débat, c'est qu'il devrait aboutir, selon les mots du ministre de l'identité nationale, à un « renouvellement du pacte républicain »3, rejoignant par là la réthorique de la refondation chère à Nicolas Sarkozy. Mais cette volonté de nouvelle fondation répond à un réflexe un peu trop classique du champ politique, le fameux couple commencement-commandement souligné par Hannah Arendt, et contenu dans la notion grecque d'arkhè. Pour Arendt, la légitimité du gouvernant s'enracine dans une fondation. Ou, pourquoi pas, dans une refondation. L'ambition finale du débat sur l'identité nationale, ce n'est rien d'autre qu'une légitimité accrue pour le camp politique qui serait parvenu à trouver un secret précieux : celui de l'Union nationale, parvenant à réunir tous les Français sur leur propre définition, sur leur projet commun.

Ce consensus, ce débat sans débat, n'est en un sens rien d'autre que l'application ultime de la pensée que Nicolas Sarkozy entend depuis toujours représenter, au consensus millénariste du « libéralisme » des années 1980 et de son mauvais recyclage du thème hégélien de la « fin de l'histoire ». Comment en effet ne pas identifier l'actuel président à cette ambition d'un « temps sans événement […] où tout commandement politique épouserait la forme naturelle d'un "En avant ! Marche !" »4 ? Cette politique-là, c'est celle d'une pensée en quelque sorte médicale, de la « biopolitique » foucaldienne5 débarrassant les citoyens du poids de la gestion de problèmes dont la résolution reviendrait à des techniciens, à des « experts ». Entendre certains d'entre eux, comme Jean-Pierre Raffarin ou Benjamin Stora, déplorer que le débat sur l'identité nationale ne leur ait pas été soumis, est donc en la circonstance à la fois logique et amusant.

Pour un vouloir vivre ensemble conflictuel

Voilà donc à l'œuvre une « passion de l'unité » vouée à l'échec. Du moins espérons-le : le « consensus national » signifierait la fin du « dissensus », donc la fin de la politique en tant que telle. Le vouloir vivre ensemble de Renan, si souvent célébré par les personnalités politiques de gauche comme de droite, n'a de valeur que tant qu'il demeure un vouloir vivre ensemble conflictuel. Et le consensus passionnément souhaité devrait bien plutôt être ardemment combattu, dans la perspective de l'action politique, c'est à dire de la démocratie. Créer du dissensus, affirmer le pouvoir du demos signifie réinventer des ruptures, une capacité de division et donc d'alternative.

Sarkozy_identite.jpgCette problématique du consensus appauvrissant, de fin de la politique par la perte de sa dimension conflictuelle, est directement à l'œuvre dans la dynamique de stigmatisation. De fait, comme le note Jacques Rancière « là où le politique s'affaisse […] ce qui se manifeste avec éclat, ce n'est pas le consensus mais l'exclusion »6. Et l'incapacité des responsables gouvernementaux à tirer les conclusions de leur propre débat ne fait que reporter un peu plus encore la crise. Le mouvement de stigmatisation est, lui, bien enclenché et, de même que le débat sur le voile qui devait être réglé par une loi en 2004 a ressurgi à la première burqa venue cinq ans plus tard, de même la loi prévisible sur la burqa ne fera que préfigurer un nouvel épisode, plus caricatural encore. Cette crise, il ne reste plus qu'à l'attendre, et à le craindre. Mais aussi, pourquoi pas, cette fois, à le préparer.

Car le manque d'alternative actuellement ressenti n'est que la conséquence de la raréfaction du dissensus dans le champ politique, acceptée, subie par l'opposition depuis vingt ou trente ans. Certes, on continue de discuter sur l'immigration mais, comme on l'a vu7, la façon de penser l'immigration est désormais similaire à gauche et à droite, et plus exactement la conception assimilatrice et défensive, traditionnelle à droite, a gagné la gauche. De même, le consensus règne sur les questions économiques — l'État, trop faible, ne pouvant lutter contre la réalités du « marché », mais seulement gérer les conséquences du fonctionnement de celui-ci — et nul n'y projette par exemple la construction d'un projet démocratique. On peut également discuter de la question de la Nation et de l'identité nationale, en remettant en question ce cadre même, comme source unique de souveraineté et de projet. Là aussi la gauche, indigne de son héritage internationaliste, se révèle affligeante. Reste aux bonnes volontés à se saisir d'un nouveau projet et à le mettre en œuvre, et redéfinir ainsi notre identité sur le mode éternel du changement : « Les sociétés anciennes périssent ; de leurs ruines sortent des sociétés nouvelles : lois, mœurs, usages, coutumes, opinions, principes même, tout est changé. Une grande révolution est accomplie, une grande révolution se prépare : la France doit recomposer ses annales pour les mettre en rapport avec les progrès de l'intelligence »8.

Notes :
(1) Carl Schmitt, La notion de politique, 1932.
(2) René Girard, Le bouc émissaire, Paris, Grasset, 1982, p. 26-28.
(3) Christine Ducros, « France : Besson prône un "nouveau pacte républicain" », lefigaro.fr, 5 février 2009.
(4) Jacques Rancière, « La fin de la politique ou l'utopie réaliste », in Aux bords du politique, La Fabrique, 1998, rééd. Gallimard, coll. « Folio essais », p. 57-58.
(5) Michel Foucault, Naissance de la biopolitique. Cours au collège de France (1978-1979), Gallimard, coll. « Hautes études », 2004.
(6) Jacques Rancière, op. cit., p. 54.
(7) Voir « L'identité fragile ».
(8) Chateaubriand, Études historiques, Paris, 1831, préface.

Crédits iconographiques: 1. Michel Jacquot, affiche de l'exposition de 1941 « Le juif et la France », DR ; 2. et 3. © AFP.

22/01/2010

Identité nationale, le sens d'un débat. (2/3) L'identité fragile

Un premier volet a permis de saisir que la Nation, d'une part, est une conséquence de la construction étatique et non sa cause — l'État ne représente pas la Nation mais la Nation justifie l'État — et d'autre part qu'elle est une représentation aussi bien culturelle que politique, un équilibre entre ces deux natures, un héritage autant qu'un projet. Voici le deuxième volet de cette réflexion, consacré cette fois à la question de l'identité.

*

II. L'identité fragile

Le débat posé portant sur l'identité nationale, admettons d'abord que le choix des mots n'est jamais un hasard. Car l'identité suppose un double mouvement, fondamental dans la construction nationale. L'identité est ce qui rassemble entre eux des individus, non pas réellement identiques, mais entre lesquels s'établit un accord, se forme une communauté, « une certaine unité nationale » pour Fernand Braudel1. Mais elle est aussi ce qui singularise, ce qui trace la séparation entre le national et l'étranger, et justifie les frontières (physiques, administratives), pour garantir la permanence de la Nation. L'identité suppose une double reconnaissance de l'ipse (soi), et de l'idem (même) ; et l'identité nationale traduit la double nature de la Nation : revendication d'un héritage (constatation de l'idem) et participation à un projet (affirmation de l'ipse).

Menaces sur l'identité

m28_18302519.jpgL'existence même du débat sur l'identité nationale ne peut se résumer à des tactiques politiques, et il serait maladroit de supposer qu'aucune question ne se pose à ce sujet. Car l'identité nationale est à tout le moins présentée et bien souvent ressentie, comme menacée, comme assiégée même. Certains classeront l'immigration comme menace principale, quand d'autres, rejetant de tels réflexes comme xénophobes, s'élèveront toutefois contre les conséquences de la mondialisation sur la production culturelle et sa singularité. Le discours sur la fameuse « exception culturelle » souhaite ainsi voir les biens dits culturels (dont la définition demeure problématique) échapper aux règles commerciales internationales. Ces positions ne relèvent pas d'une logique fondamentalement différente du discours sur l'« immigration choisie » ou la « forteresse Europe ». Or, la Nation étant elle-même représentation, autrement dit construction mentale, il n'est pas étonnant de voir se multiplier les représentations de l'identité et de la menace sur celle-ci, comme le souligne Wendy Brown, au sujet de la multiplication des murs de séparation visant à matérialiser des frontières2.

Mais cette menace ressentie sur l'identité nationale dans un contexte de mondialisation ne fait que répondre aux interrogations sur la notion même d'identité aujourd'hui. L'identité suppose en effet reconnaissance et permanence, et le travail de Zygmunt Bauman rappelle combien les caractéristiques même de la modernité s'opposent à une telle construction, qu'elle soit nationale ou individuelle3. S'identifier serait devenu à la fois un phénomène quotidien à travers la démultiplication des « communautés » réelles ou virtuelles, mais aussi un engagement impossible, un acte aussi répété que vidé de sens dans un environnement instable où l'appartenance est vécue comme un handicap, l'attachement comme une servitude.

Toute identité serait-elle donc en sursis ? Peut-être faut-il en réalité déplacer un peu la réflexion et, plutôt que d'invoquer la mise en cause des identités du fait d'un contexte déstabilisant, et leur protection contre celui-ci, analyser la fragilité intrinsèque de la notion d'identité. La question mise au centre du débat par Éric Besson en est un bon exemple : une interrogation comme « qu'est-ce qu'être Français ? » ne peut que signaler la fragilité de l'identité, et non l'affermir. Le débat se voulait rassurant, et pourtant il inquiète. En effet, comme le souligne Paul Ricœur, « la fragilité de l'identité consiste dans la fragilité de ces réponses en quoi, prétendant donner la recette de l'identité proclamée et réclamée »4. Affirmer l'identité, la valoriser, c'est déjà en révéler la fragilité. Pourtant, le débat actuel ne fait que multiplier les réponses en quoi, en particulier à travers la question de l'immigration.

L'identité nationale et l'étranger

C'est qu'outre le rapport au temps, l'identité est particulièrement fragile dans son rapport à l'altérité, qui suscite accueil mais aussi, inévitablement, rejet. Or, l'autre de la Nation, c'est l'étranger, et dans ce cas, l'acte de rejet, d'exclusion, participe activement de la construction nationale. Pour faire écho à une polémique récurrente sur les paroles de l'hymne national, le « sang impur » versé à Valmy fait partie des éléments inoubliables de l'histoire nationale, car générateurs de la Nation. Voilà un cas exemplaire de violence fondatrice, mais comme le rappelle Ricœur, « il n'existe pas de communauté historique qui ne soit née d'un rapport qu'on peut dire originel à la guerre ».

Benetton.jpgCe rapport à l'étranger ressurgit aujourd'hui, par l'intermédiaire de la question de l'immigration, et il n'est pas surprenant que celle-ci soit évoquée dans le cadre du débat sur l'identité nationale. Encore une fois, le problème réside dans la fragilité de l'identité perçue comme fixité : selon un certain consensus, une politique d'immigration réussie supposerait que le citoyen naturalisé se conforme à un certain modèle, qu'il s'arrache à son appartenance antérieure, non pour s'attacher volontairement à la Nation mais pour s'y laisser attacher. Enfermé dans cette logique, le débat aboutit à la situation inévitable et effrayante que l'on décrit aujourd'hui : l'échec de l'attachement, la résistance à l'arrachement. Puis la résurgence, dès lors, d'identités particulières, et même reconstruites. Déjà en 1986, Fernand Braudel montrait la situation d'enfants d'immigrés « aussi mal dans leur peau en France […] qu'en Algérie »5. La question de l'immigration est centrale dans le débat sur l'identité, non pas parce que l'échec de la politique d'immigration crée un problème d'identité, mais bien parce que l'échec du projet national qui fonde l'identité est cause des difficultés que rencontrent les immigrés et leurs enfants, que l'on n'appelle d'ailleurs pas « fils d'immigrés » mais « immigrés de deuxième (ou troisième, etc.) génération », comme une tare indélébile que certains seraient destinés à porter.

Le problème est peut-être qu'en la matière, ceux-là même qui ont initié le débat sur l'identité nationale ont aussi défini les termes de celui sur l'immigration. En réalité, l'immigration est vécue comme menace, comme risque, aussi bien par les penseurs et décideurs de la gauche que de la droite : en la matière, la droite a depuis longtemps remporté la bataille des mots et des concepts, aboutissant à un consensus transpartisan. On pense à la perception des immigrés comme naufragés de la « misère du monde », d'après la fameuse déclaration de Michel Rocard — phrase qu'il est décidément impossible de sauver6. Ou encore à la généralisation dans le vocabulaire d'un impératif : « intégration »7. Un mot dont l'usage commun n'est que récent en ce qui concerne l'immigration, puisque celle-ci inspirait autrefois d'autres notions, en particulier assimilation et insertion, selon que l'on y voyait une démarche avant tout culturelle ou sociale, avant tout individuelle ou collective. On ne s'étonnera pas de trouver une traditition de droite des discours d'assimilation, et une tradition de gauche des discours d'insertion. Et c'est bien en tant que substitut d'assimilation, et pour se défaire de l'héritage colonial attaché à ce dernier terme, que la droite adopte le mot intégration après 1981. Lorsque la gauche, et notamment la gauche rocardienne après 1988, adopte à son tour l'intégration comme nouveau paradigme de l'immigration, elle tire un trait sur la politique d'insertion et adopte une réflexion assimilatrice. Pour la gauche française aussi, depuis plus de vingt ans, l'immigration est finalement une menace — qu'il faille la gérer, l'aménager, la limiter — bien plus qu'une chance ou, simplement, un phénomène humain incontournable, et d'ailleurs constitutif de l'identité française, ce que souligne Braudel.

De l'identité subie à l'identité agissante

Fragile par définition, l'identité est donc un équilibre. Et sans le double mouvement de l'identité nationale, la Nation n'existe pas : il ne peut être conçu d'attachement à la Nation sans engagement, et donc sans arrachement à d'autres appartenances passées, et renoncement à une infinité d'appartenances potentielles. Comme souvent sur ces questions, Renan l'a affirmé avant nous, et on ne saurait être plus clair qu'il ne le fut : « aucun citoyen français ne sait s'il est burgonde, alain, taïfale, visigoth ; tout citoyen français doit avoir oublié la Saint-Barthélemy, les massacres du Midi au XIIIe siècle »8. De même qu'il existe une violence fondatrice dont la mémoire ne peut qu'être entretenue, de même il existe une violence que la démarche nationale suppose d'oublier : la Saint-Barthélemy, la croisade contre les Albigeois, mais aussi l'esclavage ou la colonisation : oublier, non pas pour effacer mais pour s'interdire toute identification à une cause qui ne serait que la prétendue réparation d'une mémoire accaparée ou, selon Todorov, abusée9.

En revanche, la conservation de l'équilibre implique une contrepartie. L'identité nationale ne peut en effet pas non plus exister sans attachement, ne peut se passer de celui-ci, de la volonté d'individus se portant vers un projet. Au gré des hommes, des volontés, le projet change, l'identité change donc selon ceux qui la proclament. L'identité collective, et bien entendu nationale, ne peut qu'être évolutive, mouvante. Le changement, semble-t-il redouté, est inévitable, ce que Ricœur, là encore, souligne efficacement : « la tentation identitaire, la "déraison identitaire" comme dit Jacques Le Goff, consiste dans le repli de l'identité ipse sur l'identité idem, ou, si vous préférez, dans le glissement, dans la dérive, conduisant de la souplesse, propre au maintien de soi dans la promesse, à la rigidité inflexible d'un tsi5_delacroix_001f.jpgcaractère, au sens quasi typographique du terme ». C'est pourquoi tout discours se fondant sur l'instauration de tels caractères, par exemple, sur l'évocation d'un lien entre l'identité nationale et la « terre », sur l'« enracinement » en celle-ci, depuis Barrès à Sarkozy en passant par Pétain, est déjà déraison, dérive.

Les désarrois aujourd'hui exprimés face au changement, à la mondialisation, à l'immigration, ne sont donc que les différentes facettes d'une seule et même fragilité dont le remède réside dans la construction d'une identité agissante, dans la force d'une démarche collective destinée à susciter les volontés plus qu'à chercher la meilleure définition de ce qu'est un « Français ». L'identité nationale, parce qu'elle est fragile, devrait donc logiquement être réinstaurée comme un processus, comme un acte collectif, au dépens de l'assignation d'identité (nationale, religieuse, sociale ou autre). Pourtant, la question posée par le gouvernement ne porte pas sur « comment être Français », mais « qu'est-ce qu'être Français ». Le débat actuel relève donc d'une autre logique.

(À suivre...)

Notes :
(1) L'identité de la France, Arthaud, Paris, 1986, introduction.
(2) Wendy Brown, Murs. Les murs de séparation et le déclin de la souveraineté étatique, Paris, Les prairies ordinaires, coll. « Penser/croiser », 2009. Voir aussi notre compte-rendu.
(3) Zygmunt Bauman, Identité, Paris, L'Herne, collection « Carnets anticapitalistes », 2010. Voir aussi notre compte-rendu.
(4) Paul Ricœur, La mémoire, l'histoire, l'oubli, Paris, Le Seuil, 2000, p. 98-99.
(5) Fernand Braudel, Op. cit., Les hommes et les choses I, p. 220.
(6) En 1989, alors premier ministre, Michel Rocard, invité au cinquantenaire de la Cimade, déclarait : « La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part ». Cette phrase est souvent tronquée en sa moitié, ce que l'intéressé rappelle régulièrement. Pourtant, même en version intégrale, elle demeure la traduction d'une vision insupportable et fausse de hordes de miséreux aux portes du territoire national, et d'une conception de l'immigration comme échange à sens unique, comme service rendu par la France à ceux qu'elle accueillerait « généreusement ».
(7) Au sujet de ces enjeux de terminologie, voir Françoise Gaspard, « Assimilation, insertion, intégration : les mots pour « devenir français » », Hommes et intégrations, n° 1154, p. 14-23 ; et Danièle Lochak, « L’intégration comme injonction. Enjeux idéologiques et politiques liés à l’immigration », Cultures & Conflits, 64, hiver 2006.
(8) Ernest Renan, Qu'est-ce qu'une nation ?, 1882 (consultable en ligne, par exemple sur ce site).
(9) Tsvetan Todorov, Les abus de la mémoire, Paris, Arléa, 1995.

Crédits iconographiques : 1. © David McNew/Getty Images ; 2. © 1992 Benetton ; 3. Eugène Delacroix, La liberté guidant le peuple, 1831 (musée du Louvre, Paris).

14/01/2010

Identité nationale, le sens d'un débat. (1/3) Une archéologie de la Nation

Depuis l'annonce de son ouverture, le 26 octobre dernier, le « grand débat sur l'identité nationale » est au centre des discours politiques et de l'attention médiatique. Le « débat » fait rage, plus encore d'ailleurs sur l'opportunité même de l'initiative que sur l'identité nationale elle-même. Mais, au fait, pourquoi ce débat ? En quoi l'identité nationale a-t-elle vocation à être discutée ? Avant de prétendre organiser un débat ou y participer, il ne peut qu'être utile d'en examiner les termes et les implications, pour mieux saisir les enjeux profonds soulevés par cet épisode politique inédit, ainsi peut-être que les intentions de ceux qui l'ont initié.

*

I. Une archéologie de la nation

La Nation est un fait récent. Elle est propre à une certaine pensée, à une civilisation particulière ; elle est construction, ou encore représentation selon Pierre Nora, « formule immuable et changeante de notre communauté sociale »1. Comprendre la Nation exige donc de puiser dans l'histoire pour en révéler les formes, les détails, les accidents. Non pas pour dresser encore une histoire de la Nation française. Le résultat n'en pourrait en effet qu'être « rassurant, mais décevant », comme le constate Nora2. Le projet est ici bien plus d'en esquisser — avec l'imperfection dictée par la brièveté — ce que Foucault aurait appelé une archéologie, afin, pour paraphraser Les mots et les choses et en imiter la démarche, de retrouver à partir de quoi la Nation a été possible, selon quel espace d'ordre elle s'est constituée, sur fond de quel a priori historique et dans l'élément de quelle positivité la construction nationale et sa conscience ont pu apparaître3.

Une entité pour une identité

nation.jpgLe mot nation, calqué sur le latin natio, est tiré de la racine nasci et donc de l'idée de naissance. La nation est, dès l'origine, un peuple, une appartenance innée à celui-ci, une « race » dans l'acception ancienne, et non une entité. Certes, au Moyen Âge, la nation indique couramment un groupement d'entraide constitué entre des marchands dans les ports et les foires, ou entre les maîtres et les étudiants dans les universités dès la fin du XIIe siècle. Pour ce dernier exemple, le plus connu, les critères d'appartenance y sont principalement géographiques et correspondent « au désir naturel des étudiants de même origine de se regrouper pour assurer, entre compatriotes, accueil, aide, fraternité »4 ; pourtant ces structures demeurent vague, elles ne sont pas présentes dans toutes les universités. À la faculté des arts de Paris, la seule divisée en nations, la nation française regroupe les maîtres et étudiants originaires du midi, d'Italie, d'Espagne. Elle coexiste avec la nation normande, la nation picarde, et la nation anglaise qui, de son côté, regroupe aussi l'Europe de l'est et du nord. La « nation » médiévale est donc de circonstance, ce que révèle sa raison d'être. Elle est une structure d'exilés forcés de vivre loin de leur province d'origine, et recherchant des appuis sûrs dans une ville inconnue, chère, et souvent dangereuse. La nation médiévale est le résultat d'une séparation de l'individu et de son peuple, et non la traduction idéelle de celui-ci.

Le sens proprement politique du mot nation émerge quant à lui tardivement. La Nation, française notamment, est indissociable de l'émergence de l'État-nation, en d'autres termes l'émergence de l'État précède l'identité nationale, comme le rappellent Colette Beaune ou Patrick J. Geary5. Ce n'est que grâce à cela que la Nation acquiert ses deux caractères premiers : le territoire et la souveraineté. Il faut au passage accepter une réalité : la constitution des identités nationales, à partir du XIIIe siècle, amène directement la guerre de Cent ans,  via « la montée des xénophobies et la construction de sentiments d'appartenance très divers, dépassant la simple dépendance consensuelle par rapport à un même pouvoir politique […]. Les premiers stéréotypes nationaux furent tous négatifs »6 .

En revanche, il faut attendre la période moderne et les puissants facteurs d'unification politique à l'œuvre aux XVIe et XVIIe siècles, pour voir de nouvelles caractéristiques « nationales » s'imposer, comme le droit ou la langue ; ce dernier exemple étant l'un des plus connus, à travers le siècle séparant l'ordonnance de Villers-Cotterêt de la création de l'Académie française. Ce n'est pas un hasard qu'il revienne à celle-ci de définir ainsi le mot « nation » : « Terme collectif. Tous les habitants d'un mesme Estat, d'un mesme pays, qui vivent sous mesmes loix, & usent de mesme langage &c. » On le constate, la Nation est désormais politique, géographique, juridique et linguistique. Là réside une partie de son « identité », de ce qui la singularise, elle et ceux qu'elle réunit. Mais, on le voit aussi, la liste n'est pas limitative ; elle ne sera d'ailleurs jamais limitée.

Nation politique, Nation culturelle

La Révolution est pour la Nation française considéré comme véritable acte de naissance, après des siècles de gestation. Là se trouve du moins le point de départ de la Nation en tant qu'ensemble politique, le peuple des citoyens, dans lequel réside par essence le principe de toute souveraineté selon la Déclaration de 1789. Ce même peuple qui détient le « pouvoir constitutant » pour Sieyès et Condorcet. 1789 est donc un moment charnière, celui de « la nation prenant conscience d'elle-même comme Nation » comme le relève Nora7.

ph996826.jpgBientôt surgit cependant une distinction devenue un poncif des discours sur la Nation, une véritable idée reçue, classique des études de sciences politiques dont la banalité est d'autant plus fâcheux qu'il est absolument faux. On veut ici évoquer le fameux couple Fichte-Renan et le « débat » national qui aurait déjà animé les esprits au XIXe siècle, découlant sur deux conceptions prétendument opposées de la nation : la nation politique et la nation culturelle, ou Staatsnation et Kulturnation tels que les désigne Friedrich Meinecke, réputé le premier à opérer cette distinction dans son ouvrage paru en 1908, Weltbürgertum und Nationalstaat (Le cosmopolitisme et la raison d'État), auquel il est d'autant plus aisé de se référer que personne ne l'a lu, du moins en France où il n'a jamais été traduit8.

Pourtant, et cela est bien rarement compris9, cette dualité est fausse, elle est elle-même représentation de deux histoires nationales distinctes, mais la conception de la nation en France et en Allemagne ne diffère guère : la nation française est aussi culturelle que l'allemande, la nation allemande aussi politique que la française. La lecture attentive du fameux discours de Renan, Qu'est-ce qu'une nation ? (1882)10 balaie beaucoup de préjugés. Renan ne s'oppose jamais aux thèses des Discours à la nation allemande de Fichte (1806-1807). Au contraire, il les prolonge. À soixante-quinze ans de distance, la proximité de Renan et de Fichte est étonnante, peut-être parce que l'ambition des deux orateurs dans leurs discours respectifs est assez proche. Pour Fichte, la prise de conscience nationale dans les États germaniques divisés, sous l'occupation de la Prusse par les troupes napoléoniennes ; pour Renan, le relèvement de la fierté nationale après l'effondrement de 1870, dans une France amputée de l'Alsace-Moselle.

Il en résulte que si Renan affirme que la race, la langue, les intérêts, l'affinité religieuse, la géographie et les nécessités militaires ne suffisent pas à créer la Nation, il ne les qualifie pas pour autant de moins indispensables à cette Nation qui, selon ses termes, « suppose un passé », en particulier « avoir souffert, joui, espéré ensemble », avoir constitué tout particulièrement un « sentiment des sacrifices ». La Nation est pour Renan « une âme, un principe spirituel » constitué à la fois par un héritage du passé et un projet présent — le « désir de vivre ensemble » et son « plébiscite de tous les jours ». Or, cette âme reprend précisément le « génie national » évoqué par Montesquieu, mais aussi le « Volksgeist » de Herde, notion développée par Fichte. Et ce dernier n'omet aucunement de recommander des moyens politiques pour renforcer l'unité nationale, comme l'éducation « nationale » ou la constitution d'une union douanière.

Le passé d'une représentation

nora.jpgIl n'y a donc aucun de débat sur la nature de la Nation, qui n'est pas moins culturelle que politique, en France ou ailleurs. Lorsque certaines personnalités intellectuelles ou politiques françaises se réclament aujourd'hui de Renan pour s'opposer à l'idée d'une nation héritée et enseignée, ils ne savent pas ce qu'ils disent ou, au minimum, ne sont pas d'accord avec Renan. En effet, la France, en tant que Nation, est à la fois politique et culturelle, elle n'est pas et ne peut être uniquement un projet politique qui s'opposerait en tant que tel à l'identité culturelle. Elle est donc, aussi, une communauté exigeant « l'abdication de l'individu au profit d'une communauté », et non une adhésion libre et inconditionnelle à un projet vidé de toute force.

Il est en particulier faux que la définition de la France et de l'appartenance à celle-ci n'ait jamais été « une négation, une exclusion, une fermeture », et François Hollande est l'un des nombreux acteurs politiques de premier plan à se tromper en tenant de tels propos, et en affirmant que la Nation « ne constate pas, mais se bâtit »11 : bien au contraire, elle se constate aussi bien et en même temps qu'elle se bâtit, elle s'hérite et se cultive, et la nation française au moins autant que toute autre, en véritable « Nation-mémoire » telle que la révèlent les collaborateurs des Lieux de mémoire12. Plus encore, la Nation s'appuie naturellement et obligatoirement sur un passé, et ce dès le Moyen-Âge, comme le relèvent Colette Beaune ou encore Bernard Guenée13. C'est ce qui pousse Pierre Nora à affirmer que « la définition nationale du présent [appelle] impérieusement sa justification par l'éclairage du passé »14.

Dès lors, sur quoi peut bien porter l'actuel débat ? Non pas, on l'a vu, sur la définition même de la Nation. Non pas, non plus, sur l'héritage, le passé national français ne pouvant faire l'objet d'une sélection arbitraire, éliminant tel roi ou tel événement, sur le mode adopté par le Parti socialiste et Martine Aubry, dans le cadre d'un contre-débat intitulé « la France qu'on aime »15, qui suppose une « France qu'on n'aime pas ». Reste le projet : celui que portent les actuels chantres de « l'identité nationale » et qu'il reste à détailler.

Notes :
(1) Pierre Nora, « Présentation » in Les lieux de mémoire, II, La Nation, 1993, Paris, Gallimard, rééd. coll. « Quarto », 1997, p. 571.
(2) « La Nation-mémoire », op. cit., p. 2209.
(3) Michel Foucault, Les mots et les choses, Paris, Gallimard, 1966, préface, p. 13.
(4) Jacques Verger, Les universités au Moyen Âge, PUF, 1973, rééd. coll. « Quadrige », 1999, p. 50.
(5) Colette Beaune, Naissance de la nation France, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », 1985 ; Patrick J. Geary, Quand les nations refont l'histoire. L'invention des origines médiévales de l'Europe, Paris, Aubier, « Collection historique », 2004.
(6) Colette Beaune, article « Nation » in Claude Gauvard et al. (dir.), Dictionnaire du Moyen Âge, PUF, 2002, p. 967.
(7) « La Nation-mémoire », op. cit., p. 2208.
(8) La traduction anglaise de 1970 est également épuisée depuis longtemps. Seule la version allemande, récemment rééditée, est actuellement disponible.
(9) Dominique Schnapper, dans le dernier chapitre de La communauté des citoyens (Paris, Gallimard, 1994) est l'une des rares à contredire nettement cette conception habituelle.
(10) Consultable en ligne, par exemple sur ce site.
(11) François Hollande, « L'identité nationale est un combat », slate.fr, 3 novembre 2009.
(12) Op. cit., p. 2214.
(13) « Dès qu'elle prend conscience d'elle-même, une nation veut justifier son présent par son passé. », L'Occident aux XIVe et XVe siècles. Les États, Paris, PUF, 1971, p. 123.
(14) « Entre Mémoire et Histoire », op. cit., p. 27.
(15) Site officiel « La France qu'on aime ».

Crédits iconographiques : 1. Jules Dalou, Le triomphe de la République (Paris, place de la Nation), Le Petit Journal du 3 décembre 1899 - 2. Ernest Renan (vers 1875) - 3. © Gallimard

 
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