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08/12/2009

Changement climatique, catastrophes sociales

Alors que débute le sommet de Copenhague, un ouvrage envisage les conséquences à long terme, géopolitiques et sociales, du changement climatique engagé.

9782070123407.jpgDeuxième ouvrage traduit en français de l’Allemand Harald Welzer1, spécialiste de psychologie sociale, Les guerres du climat rend compte de ses réflexions sur les interactions entre violence et changement climatique. Le sous-titre, Pourquoi on tue au xxie siècle, n’en reflète le contenu que partiellement. Au-delà de la mise en évidence d’une place grandissante des facteurs environnementaux dans les phénomènes violents, aussi bien entre États qu’au sein des sociétés, et de la généralisation prévisible des conflits militaires et sociaux liés au changement climatique, Harald Welzer mobilise des concepts variés et des exemples issus par l’histoire récente pour expliquer cette évolution et son caractère pour ainsi dire inéluctable, ou du moins que l’homme s’est révélé jusque là incapable de maîtriser.

L’énormité même des enjeux, et la dissonance psychosociale qu’elle stimule via le refoulement, l’indolence ou le refus ; la faculté d’adaptation à des conditions extrêmes ou inconnues, bien supérieure pour les hommes que pour les sociétés qu’ils forment ; la réalité des « shifting baselines », cadres référentiels mouvants rendant possible l’ignorance du changement en cours, quelle que soit sa nature, et empêchant la prise de conscience ; l’irresponsabilité structurelle face au changement climatique, à ses causes et à sa maîtrise : autant de processus mentaux et sociaux qui, pour Harald Welzer, rendent difficile sinon improbable à la fois l’arrêt du réchauffement et la maîtrise de ses conséquences.

En effet, on ne peut que s’accorder avec le jugement de l’auteur quant aux solutions jusqu’ici proposées par les spécialistes du climat autant que par les gouvernants, à la veille du sommet de Copenhague. Qu’elles soient individuelles, étatiques ou internationales, aucune des solutions jusqu’ici évoquée ne semble à la hauteur de la catastrophe en cours et de sa complexité, toutes semblent désespérément « subcomplexes » selon l’expression de Welzer.

Pour l’auteur, l’irréversibilité du changement est donc de plus en plus évidente, et l’impossibilité d’en prédire et d’en contenir les conséquences de plus en plus probable. Ce catastrophisme est justifié, prudent, mais aussi éclairé. Au fond de l’analyse, réside une certitude : si des solutions existent, elles ne pourront être imaginées et mises en œuvre sans un dépassement des modèles politiques et sociaux actuels, indissociables du problème lui-même. Le réchauffement est un phénomène scientifique, tandis que les hypothétiques solutions ne peuvent être que culturelles, au sens fort terme chez cet auteur d’outre-Rhin, amateur de Norbert Elias. C’est un choix de société, de civilisation que nécessite l’enjeu du changement climatique.

Harald Welzer, Les guerres du climat. Pourquoi on tue au xxie siècle, Paris, Gallimard, collection « nrf Essais », octobre 2009 (traduit de l’allemand, Klimakriege. Wofür im 21. Jahrhundert getötet wird, Francfort-sur-le-Main, S. Fischer, 2008)

 

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Notes :
(1) Après Les exécuteurs. Des hommes normaux aux meurtriers de masse, Paris, Gallimard, collection « nrf Essais », 2007

20:08 Publié dans Vie de l'esprit | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : livres, environnement, harald welzer |

29/11/2009

Enfermer pour mieux régner

Au sujet de la postérité du mur de Berlin, auquel nous consacrions notre premier article, Wendy Brown publie Murs .

41wDW9QkezL._SS500_.jpgCet essai ne vise pas à dresser un bilan technique de la question, et s'appuie pour l'essentiel sur l'étude de deux barrières de séparation particulières, les « murs » de Cisjordanie et de la frontière américano-mexicaine. En revanche, il développe une thèse simple et forte. Le mur, en tant qu'organisation spectaculaire de la frontière, et de la distinction politique fondamentale entre intérieur et extérieur ou, pour reprendre la terminologie de Carl Schmitt, entre ami et ennemi, connaît un succès grandissant dans une situation de fragilisation de la souveraineté de l'État. Dans un contexte d'économie globalisée et de fragmentation communautaire, le mur est moins un moyen de lutte contre l'immigration, le terrorisme ou les trafics, qu'un mode de cristallisation de la menace et, partant, de justification d'un État fragilisé, plongé dans la crise de l'identité nationale. C'est pourquoi, selon Mme Brown, « le mur de Berlin, dont, vingt ans après, le monde entier continue de célébrer la chute, était peut-être plus un prototype grossier que l'opposé des murs du xxie siècle » (p. 58).

Wendy Brown, Murs. Les murs de séparation et le déclin de la souveraineté étatique
Les prairies ordinaires, coll. « Penser/croiser », novembre 2009 (traduit de l'anglais : Walled States, Waning Sovereignty, Cambridge MA, Zone Books, à paraître en 2010)

À lire : les bonnes feuilles sur Regards, et sur liberation.fr, un entretien avec Wendy Brown : « Vingt ans plus tard, les murs-frontières prolifèrent. »

13:00 Publié dans Vie de l'esprit | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : livres, murs |

 
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