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02/02/2010

La finale du Superbowl, tribune pour les « pro-life »

abortionprotests.1256720975.jpgLe 7 février prochain à Miami, lors de la finale du Superbowl, évènement sportif le plus suivi aux États-Unis, opposant les Saints de la Nouvelle-Orléans et les Colts d’Indianapolis, sera diffusée une publicité d’une association anti-avortement, « Focus on the Family ». Cette page publicitaire inédite aura coûté 2,8 millions de dollars à l’association et durera 30 secondes. Suite à cette annonce, l’association féministe « Women’s Media Center », « pro-choice » a porté plainte contre CBS (le diffuseur).

Les associations féministes s’insurgent car elles considèrent cette publicité comme dangereuse. D’une part, parce qu’elle porte aux droits de la femme et d'autre part parce qu'elle remet en cause l'autorité médicale.  En effet, elle met en scène le footballeur Tim Tebow et sa mère. Celle-ci explique que si elle avait écouté les médecins, qui lui avaient conseillé un avortement thérapeutique, jamais son fils, devenu un champion, n’aurait vu le jour. Rappelons que Tim Tebow ne participe pas à cette finale et joue pour l’équipe de l’université de Floride. En 2007, il a remporté le trophée Heisman, récompensant le meilleur joueur universitaire. Pourquoi les « pro life » bénéficient-ils d'une telle  tribune ?

Quelques éléments sur l’avortement aux États-Unis

C’est un jugement dit Rode contre Wade, de la Cour Suprême du 22 janvier 1973, qui bouleverse le droit américain en matière d’avortement. En effet, à 7 voix contre 2, les juges ont décidé que l’interruption volontaire d’une grossesse était un droit de la femme et était constitutif de la liberté personnelle et de la protection de la sphère privée. Ainsi, l’avortement est devenu légal. Et dès 1973, le nombre de décès liés à des avortements clandestins a diminué de 40%.  Par ailleurs  en 1980, l'IVG, concernait 1,6 millions de femmes de 15 à 44 ans contre 1,21 millions en 20051.

Toutefois, l’accès à l’avortement n’est pas le même pour toutes. Sous l’impulsion des présidents Ronald Reagan et Bush père et fils, la législation a été durcie. En quelques années, de 1989 à 2000, plusieurs lois ont été votées au niveau fédéral et local, pour restreindre l’accès à l'avortement. Le lobby anti-avortement est puissant et des sénateurs, tels que Jesse Helms ou Henry Hyde ont obtenu que les États-Unis refusent d’importer la pilule abortive RU-486. De plus, toutes les recherches concernant les produits abortifs ont été suspendues. Au-delà des limites imposées par la loi, il y a des limites pratiques (disponibilité des médecins) et financières, le coût d'une IVG variant sensiblement d’un État à l’autre. Pour 10 semaines de grossesse, une IVG coûte entre 90 et 800 dollars, et à partir de 20 semaines le montant est estimé entre 350 et 4250 dollars. Enfin, en avril 2007, un arrêt de la Cour suprême permet à un État d’autoriser l’assurance sociale à ne pas rembourser les frais d’avortement, ou encore exiger que les mineures obtiennent le consentement parental.

prolife3[1].jpgOr, les conservateurs ne sont pas les seuls à mener une politique limitant l’accès à l’avortement. En effet, dans le cadre du plan santé du président Obama, l’amendement Stupak-Pitts du 7 novembre 2009, soutenu par 64 démocrates, vient de nouveau fragiliser ce droit. D'il entrait en vigueur, aucun fond du gouvernement fédéral ne serait plus consacré à l’avortement, hormis en cas de viol, d’inceste ou de risques de santé pour la mère. Cette concession faite par Barack Obama, afin de se concilier une majorité pour l’adoption du plan santé pourrait avoir des conséquences sociales à terme désastreuses quand on estime à 44% le nombre de femmes enceintes (15-44 ans) qui ne souhaitent pas mener à terme leur grossesse. Pour Laurie Rubiner, vice-présidente de « Planned Parenthood Federation America » (PPFA), cette politique pourrait inciter les assurances privées à cesser de couvrir les avortements car ils ne concernent pas la majorité de leurs clients. Au final, ces politiques risquent d'entraîner le retour des avortements clandestins pour les moins fortunées.

Cet ensemble de disposition et la diffusion d’un tel spot publicitaire est lié à un revirement de l’opinion américaine au sujet de l’avortement. En dépit de la baisse du nombre d’avortement les Américains y sont d'ailleurs plus opposés qu’auparavant. Un sondage Gallup du 15 mai 2009 note, en pleine crise financière, que 51% de la population se dit « pro-life » contre 42% se déclarant « pro-choice ».  Un résultat inédit : jamais, depuis que cette étude a été lancée en 1995, les « pro-life » n'avaient été plus nombreux que les pro-choice. Et, 22% des Américains considèrent toujours selon Gallup que l’avortement doit être interdit quelle que soient les circonstances.

On observe en réalité que les « pro-life » n’ont cessé de gagner du terrain depuis quinze ans. Leur nombre n’a jamais sensiblement diminué contrairement aux « pro-choice ». On constate que l'augmentation de la proportion de «pro-choice » correspond le plus souvent à des changements d'administration ou à des périodes de crise. Doit-on seulement voir dans cet inversement, l'expression d'une peur de l'avenir ? Il faudra observer cette tendance quelques années après la reprise.

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Quand des « pro-life » tuent

137528-scott-roeder.jpgEn dépit de la baisse du nombre d’avortements depuis plusieurs années les associations « pro-life »  conduisent une offensive afin d’occuper l’espace public américain.

Certains n’hésitent pas à utiliser la violence pour faire entendre leur message. Selon la National Abortion Federation (NAF), association « pro-choice » militant pour que les femmes puissent choisir librement d’avorter ou non, on dénombre depuis 1977 8 personnes tuées, 17 tentatives de meurtres, 383 menaces de morts, 153 incidents et 3 enlèvements de personnels de santé en relation avec des cliniques pratiquant des avortements.

Par ailleurs, le procès de Scott Roeder ouvert le 11 janvier 2010 a fait l'objet d'une intense couverture médiatique. Ce militant anti-avortement de 51 ans comparaitsait devant un tribunal à Wichita au Kansas pour avoir battu devant plusieurs témoins le docteur George Tiller, connu pour procéder à des avortements tardifs (jusqu’à 22 semaines). L'accusé a plaidé non coupable, estimant que son acte était nécessaire à la protection de la vie. Finalement, Scott Roeder a été reconnu coupable d’homicide volontaire.

Au fond, l'occupation par les « pro-life » de l'espace politique et médiatique montre qu'il n'y a pas eu de révolution des mentalités américaines contrairement à  une opinion fort répandue de ce côté-ci de l'Atlantique depuis  l'élection de Barack Obama.

Note :
(1) Guttmacher Institute, rapport 2008.

Bibliographie :
- Fourest Caroline, Foi contre choix, Villeurbanne, Golias, 2001, 335 p.
- Schrimachr Käthe, Le Féminisme aux Etats-Unis, en France dans la Grande-Bretagne, en Suède et en Russie, Paris, Armand Colin, 1898, 73 p.

Crédits iconographiques: 1. Deux manifestantes anti et pro-avortement © 2009 Mother Jones and the Foundation for National Progress ; 3. © 2009 Gallup ; 4. George Tiller © 2009 AP.

17:12 Publié dans Question sociale | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : superbowl, avortement, etats-unis |

27/11/2009

Le droit à l’avortement en sursis ?

Quand la mobilisation collective transforme une décision politique

PlanningFamilial.jpgEn novembre 2008, le gouvernement annonçait par l’intermédiaire de son ministre du Travail, des relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville, Brice Hortefeux, une baisse de 42% des crédits accordés aux associations intervenant dans les Établissements d’Information de Conseil Conjugal et Familial (EICCF), dont le Planning Familial. Depuis les décrets d’application de la loi Neuwirth (1967), les plannings familiaux assurent un rôle d'éducation à la sexualité, mais aussi de conseils conjugaux. Les antennes départementales accueillent en effet de nombreuses femmes victimes de violences conjugales ou de discriminations. En ce qui concerne le taux d'interruption volontaire de grossesse (IVG), son taux en France reste constant ; au moins une femme sur trois a eu recours à une IVG. Enfin, les jeunes filles de milieux défavorisés peuvent y trouver une information spécifique sur la contraception afin de prévenir les grossesses précoces. On note une augmentation de 23% entre 2006 et 2007 du nombre de femmes ou de jeunes filles qui s’y rendent, parfois uniquement pour y trouver une information. Ces structures démocratisent l’information.

Une large mobilisation (manifestations, pétitions) avait suivi l’annonce de cette diminution de crédits. Grâce à cet élan militant le gouvernement a revu ses projets. Il faut préciser que les mesures initialement prévues par la loi de finances publiques de 2009 auraient causé la fermeture de plus d’un tiers de centres du planning. Comment, dès lors, faire de la prévention si les relais de terrain disparaissent ? Finalement, Brice Hortefeux conclu, le 4 février 2009, un protocole d’engagement avec le Mouvement Français pour le Planning Familial (MFPF). Il garantit le maintien des crédits aux actions du conseil conjugal et familial pour les années 2009 à 2011. Le 11 mars 2009, ce protocole était signé par Brice Hortefeux et la ministre de la santé Roselyne Bachelot, et la présidente du MFPF. Ce sont 3,5 millions d'euros que l’État consacrera pour ces trois années à ces institutions, dont 2,6 pour le seul planning familial.

Cet accord marque-t-il pour autant la fin des menaces pesant sur le droit à l'avortement ?

De nouvelles difficultés apparaissent en raison du mouvement de restructuration des centres IVG autonomes et des unités fonctionnelles d’IVG au sein des hôpitaux. L’Assistance Publique - Hôpitaux de Paris a programmé la fermeture de plusieurs centres IVG, et leur fusion avec les services de gynécologie obstétrique. L'AP-HP suit en cela une logique de rentabilité, au même titre que le secteur privé qui abandonne également cette activité.

À l'origine de ces évolutions, on trouve la combinaison du plan Hôpital de 2007 (tarification à l’activité, ou T2A) et la loi « Hôpital, Patient, Santé, Territoire » (HPST) du 21 juillet 2009. En effet, la T2A est un mode de financement qui vise à fonder l’allocation des ressources aux établissements de santé publiques et privés sur la nature et le volume de l’activité réalisée. Cette loi crée des effets pervers car elle incite les centres hospitaliers à multiplier les actes de soins ou à se concentrer sur les activités les plus rentables. Ceci est renforcé par la loi HPST, qui augmente le pouvoir des agences régionales de santé (ARS) et des directions d'établissement, au détriment des personnels médicaux. De là découle la remise en cause du droit à l’avortement, l’IVG n’étant pas une pratique rentable, et la T2A ne prenant en compte ni la prévention ni les conseils dispensés par le praticien.

Une des images fortes témoignant de l’abandon progressif, depuis trois ans et demi, par les pouvoirs publics des CIVG, est la fermeture le 23 décembre 2008 du centre de planification de Marseille. Celle-ci révèle bien un manque chronique de moyens, la raison invoquée étant l'insalubrité des locaux.

Des mesures qui cachent des objectifs idéologiques.

MLF2.jpgQu’est-ce que le droit à l’avortement ? Ce n’est pas seulement la possibilité de se faire avorter mais surtout le droit d’avoir accès à cette pratique : la limitation de l’accès, quels qu'en soient les motifs, entraîne forcément une limitation du droit. Ce droit suppose également que toute femme enceinte à la possibilité de choisir en toute liberté de mener ou non à terme sa grossesse. Aussi, il importe de permettre aux femmes d’avorter dans des conditions décentes.

À partir de la réflexion proposée par la sociologue Evelyne Serverin1, on peut s’interroger brièvement sur la limitation, peu à peu, de ce droit. Mme Serverin considère ce changement comme un ajustement mettant en adéquation des pratiques et des structures sociales. Il semble dès lors que les pouvoirs publics tentent, par la modification des structures sociales (capacité des centres) de changer la pratique (avortement). Pense-t-on qu’en limitant l’accès à l’IVG, il y en aura moins ? Les jeunes filles non concernées deviendront-elles plus responsables à la vue de leurs camarades en détresse ?

Les faits donnent tort à cette politique. Le plus souvent, une femme qui veut avorter le fera quel que soit le risque encouru : limiter l’accès à l’avortement n'est pas un moyen de réduire le nombre d’avortements, mais entraîne des individus à mettre leurs vies en danger. En comparant le nombre d’avortements en 1976 (0,66 par femme) avec celui de 2002 (0,51 par femme) on constate qu’il n’y a pas eu une baisse du phénomène depuis la légalisation2. Plus récemment, le passage du délai de 10 semaines à 12 semaines en 2001 n'a pas influé significativement sur le nombre d'avortements, demeuré stable à 0,51 par femme de 1999 à 2001. Rappelons qu’en 1975, la loi Veil, suspendait partiellement l’article 317 du Code Pénal pour 5 ans, et autorisait l’avortement sous certaines conditions. Et c’est le 31 décembre 1979 (loi n°79-1204) que le Parlement adopta une nouvelle loi sur l’IVG, confirmant celle de 1975 et supprimant certaines entraves à la pratique de l’IVG. En cela, la légalisation de l’avortement a d’abord été une question de santé publique, permettant une chute spectaculaire des complications et de morts évitables.

Le gouvernement et sa politique budgétaire ne sont pas les seuls responsables de ce recul progressif. Déjà dès 1999, un rapport, réalisé à la demande de Martine Aubry, ministre de l’emploi et de la solidarité, épinglait le comportement de certains personnels de santé dans les hôpitaux face à l’IVG3. Se posait en premier lieu, la question de la neutralité du médecin face à une patiente, et de certaines attitudes moralisantes ou culpabilisatrices. Ensuite, certains médecins refusent de pratiquer cette intervention quand la patiente a déjà avorté auparavant. Enfin, on assistait déjà à la marginalisation de l’IVG, considérée par les médecins comme une activité subalterne, et souvent abandonnée à de jeunes vacataires n'ayant pas l’engagement de leurs aînés. Le docteur Martin Winckler exprime ainsi régulièrement ses inquiétudes quant aux réticences croissantes de certains médecins à pratiquer l’IVG. D’après lui, elles répondent à une logique économique et idéologique : la législation sur l'IVG est aujourd'hui « tout au plus une tolérance, et non un droit »4.

Quelques inquiétudes sur l’accès à la contraception

Lucien Neuwirth.jpgLa récente polémique concernant le « pass-contraception », initiative du Conseil régional de Poitou-Charentes, et l'opposition du ministre de l’éducation, Luc Chatel, semble indiquer que le terrain des attaques s'élargit, alors même que ce projet, lancé sous l'impulsion de la présidente de la région, Ségolène Royal, constitue un début de réponse au problème des grossesses précoces chez les mineurs. Ce kit, distribuable par les infirmières scolaires, donne un accès gratuit à une visite chez un médecin généraliste ou un gynécologue librement choisi, à des analyses médicales, et, sur prescription, à un traitement contraceptif de trois mois retiré en pharmacie, et renouvelable une fois. Il s’agit de rendre, l’accès aux moyens contraceptifs et à une information donnée par des personnels de santé, plus facile. L’objectif est également de pallier le manque de centres de planification en zone rurale. Pourtant, le ministre estime que ce serait « se substituer au Planning familial, seul autorisé à prescrire des contraceptifs à un enfant mineur ». Or, le projet a été mis en place en coordination avec le Planning Familial

« Nous avons affaire à des élèves mineures. L'autorité parentale est quelque chose qui compte », a également déclaré Luc Chatel. Ces considérations moralisatrices, sonnent le désengagement de l’État en matière de prévention et d’éducation chez les plus jeunes. Elles ignorent aussi de nombreuses jeunes filles en situation de rupture familiale, ou qui craignent une réaction violente de leurs parents ? M. Chatel a ajouté à cela que « dans chaque lycée existe un conseil d'éducation à la santé et à la citoyenneté qui, avec [les] personnels de santé de l'éducation nationale, apporte des conseils aux élèves en matière de sexualité ». Cela suffit-il réellement ? On rappelle que, le nombre d’IVG a augmenté de 38 % chez les jeunes filles de 15 à 19, ans entre 2004 et 20065.

En somme, la multiplication des attaques contre les droits à l’avortement, à la contraception, à la libre disposition par les femmes de leurs corps, loin de faire évoluer des comportements sur lesquels les responsables politiques n'ont pas prise, n'aura qu'une conséquence : l'accroissement des inégalités d’accès aux soins médicaux, composante fondamentale de la protection de la santé.

Notes :
(1) Évelyne Serverin, « De l’avortement à l’interruption volontaire de grossesse : l’histoire d’une requalification sociale », Déviances et Société, 1980, Volume 4, numéro 1, pp.1-17
(2) Clémentine Rossier et Claudine Pirus, « Évolution du nombre d’interruptions de grossesse en France entre 1976 et 2002 », Population, 62 (1),  INED, 2007, pp. 57-90
(3) Israël Nisand, L'IVG en France. Propositions pour diminuer les difficultés que rencontrent les femmes, rapport, février 1999
(4) Martin Winckler, « Que "vaut" une IVG ? », 8 février 2008
(5) Annick Vilain, « Les interruptions volontaires de grossesse en 2004 », Études et résultats, n° 522, Drees, septembre 2006

22:59 Publié dans Question sociale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : avortement, contraception, brice hortefeux, roselyne bachelot, santé |

 
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