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13/10/2010

Nobels 2010 : une cuvée résolument politique

La semaine dernière était celle des prix Nobel. Et, pour ceux qui avaient été déçu par les récompenses de 2009, par le prix trop consensuel décerné à Barack Obama, ou par la faible notoriété de Herta Müller (pourtant très recommandable), l'année 2010 a réservé des surprises, en initiant polémique sur polémique.

Médecine : Robert G. Edwards réveille l’anti-scientisme catholique

edwards.jpgIl devait s’agir d’un prix incontestable. Robert G. Edwards, pionnier de la médecine reproductive, premier scientifique à avoir réussi, en 1978 avec l’aide du chirurgien Patrick Steptoe (mort en 1988), une reproduction par fécondation in vitro et transfert embryonnaire, est l’auteur d’une avancée incontestable dans le domaine médical. Qu’on en juge : depuis ce premier « bébé-éprouvette », la Britannique Louise Brown, quatre millions d’enfants sont ainsi nés de couples condamnés sans de telles avancées à la stérilité.

C’était sans compter sur le Vatican, qui a vigoureusement protesté contre ce prix par la voix du président de l'Académie pontificale pour la vie, Ignacio Carrasco de Paula, chargé des questions éthiques. Ce dernier emploie en effet un raisonnement imparable : « Sans Robert Edwards, il n'y aurait pas un marché où sont vendus des millions d'ovocytes [et] il n'y aurait pas dans le monde un tel nombre de congélateurs remplis d'embryons. » En rendant un scientifique seul responsable de la portée de sa découverte (et non, par exemple, les dirigeants politiques chargés d’encadrer toute pratique, ce qui explique par exemple les différences de législations nationales sur la question de la conservation des embryons ou sur celle des mères porteuses), M. Carrasco de Paula renoue avec les méthodes employées en d’autres temps contre les théories de Copernic et ses défenseurs, comme Giordano Bruno ou Galilée. Si l’Église catholique de France s’est fait remarquer par une plus grande discrétion sur le sujet, les protestations parfois violentes vont bon train sur les sites internet et sur les blogs. Une polémique qui vient rappeler la régression du Vatican sur les questions scientifiques, depuis la timide ouverture entamée par Jean-Paul II, reconnaissant en 1996 que la théorie de l’évolution est « plus qu’une hypothèse », jusqu’aux prises de position de Benoît XVI défendant en 2007 « l'option de la priorité de la raison créatrice au début de tout et principe de tout », et contredisant en particulier la théorie de la sélection naturelle de Darwin.

Littérature : Mario Vargas Llosa, inévitable

vargas_llosa.jpgSes supporters n’y croyaient plus. Chaque année placé parmi les favoris, Vargas Llosa semblait condamné à ce que le Nobel lui échappe, de même que d’autres écrivains souvent évoqués sans succès (Philip Roth, Amos Oz, Claudio Magris). Pourtant la récompense lui est finalement revenue cette année, « pour sa cartographie des structures de pouvoir, et ses images mordantes de la résistance, de la révolte et de la défaite de l’individu ». Une récompense qui paraît avant tout adressée aux travaux de jeunesse de Vargas Llosa, en particulier à ses trois premiers romans magistraux sur son Pérou natal, qui évoquent largement le fonctionnement politique et social de ce pays, et situent des destins individuels dans ce cadre difficile : La ville et les chiens (1963), histoire de violence et de corruption dans un collège militaire de Lima ; La maison verte (1965) qui voit graviter différents personnages autour d’un bordel, dans un récit doublé d’une analyse des pouvoirs locaux et des relations entre chrétiens et indiens ; Conversation à La Cathédrale (1969), description sombre et désespérée de la dictature de Manuel Odría dans les années 1950. La suite de la carrière d’écrivain de Mario Vargas Llosa fut tournée vers une littérature plus divertissante, à quelques exceptions près, en particulier deux œuvres majeures : La guerre de la fin du monde (1981), roman historique sur la guerre de Canudos, en 1897, entre des colons du Nordeste brésilien et la jeune République indépendante ; et La fête au bouc (2000), qui conte les derniers jours de la dictature de Trujillo en République dominicaine.

Mais avec les ans, la figure de Mario Vargas Llosa est devenue aussi politique que son œuvre romanesque. Car Vargas Llosa, marxiste convaincu dans les années 1960, comme en témoignent ses trois premiers romans, fut aussi l’un des premiers à revenir du castrisme dans les années 1970, et à devenir un opposant constant des régimes autoritaires se réclamant de la gauche, comme aujourd’hui celui d’Hugo Chávez  au Vénézuela. Dans les années 1980, Vargas Llosa se rapproche du néolibéralisme de l’école de Chicago, et se présente aux présidentielles péruviennes de 1990. Son programme, inspiré du « consensus de Washington » qui a alors cours en Amérique latine (austérité, libéralisation des marchés, privatisations), effraie les couches populaires qui permettent l’élection d’Alberto Fujimori face à l'écrivain au deuxième tour.  Depuis lors, Vargas Llosa vit essentiellement à Londres et en Espagne, même s’il se rend chaque année au Pérou.

Le Nobel vient donc récompenser l’écrivain et ses travaux de jeunesse plus que l’homme et ses idées affirmées depuis trente ans. Mais si l’engagement politique de Vargas Llosa reste discutable, toute critique à ce sujet mérite du moins aussi d'être relativisée, s’il s’agit de le comparer à Fujimori, parti en fuite en 2000 avant d’être extradé et condamné en 2009 par un tribunal péruvien pour atteinte aux droits de l’homme (en raison des massacres de Barrios Altos en 1991 et de La Cantuta en 1992, et de l’enlèvement de journalistes), et pour corruption. Vargas Llosa fut l'un des rares à tenter de franchir le pas de l'action politique, mais ne quitte pas pour autant les voix à retenir dans ce que la littérature latino-américaine a de plus politique au XXe siècle, aux côtés d’Alejo Carpentier, Octavio Paz, Carlos Fuentes, Guillermo Cabrera Infante ou encore Reinaldo Arenas.

Paix : Liu Xiaobo, la Norvège n’a pas cédé

xiaobo.jpgLes dirigeants chinois ont tenté jusqu’au bout d’empêcher qu’il soit récompensé, mais le dissident chinois Liu Xiaobo est bien le Nobel de la paix 2010, « pour sa lutte longue et non-violente pour les droits fondamentaux de l’homme en Chine ». Ainsi en a décidé le comité Nobel norvégien, institution dont les cinq membres sont nommés par le Parlement d’Oslo. Une décision qui témoigne d’un certain courage, vu de Paris, où ni le chef de l’État, ni le chef de gouvernement n’ont fait la moindre déclaration depuis l’annonce du résultat, le 8 octobre. On se souvient par ailleurs qu’après avoir affiché une attitude très directe sur la question du Tibet, le président français avait finalement cédé aux pressions en se rendant aux Jeux olympiques de Pékin en 2008, et en courtisant le régime chinois jusqu’à se voir accorder un voyage de réconciliation, séance d’humiliation publique vécue en avril dernier.

Connaître le parcours de Liu Xiaobo permet de saisir la portée de la décision du comité, et pourquoi cette récompense était attendue, et même demandée, par exemple par le magazine Foreign Policy qui l'incluait en 2009 dans une liste de grands oubliés du prix Nobel de la paix : un oubli réparé parmi tant d’autres devenus définitifs par la force des choses (la liste incluait entre autres Gandhi et Eleanor Roosevelt), ou  probablement par manque d’actualité (Václav Havel). Diplômé de lettres, professeur de littérature, Liu Xiaobo est aux États-Unis à l’époque des événements de Tienanmen en 1989, et rentre immédiatement à Pékin afin de participer au mouvement. Dès lors, il devient l'infatigable avocat de réformes, en faveur d’élections démocratiques, d’une totale liberté d’expression, et de l’instauration d’un régime transparent répondant au principe de la séparation des pouvoirs. Un engagement qui le mène, il y a deux ans, à participer à la rédaction d’un manifeste, la « Charte 08 », qui s’inspire de l’initiative tchécoslovaque de la « Charte 77 » et réunit plus de 300 intellectuels. C’est à la suite de cette initiative que Lu Xiaobo, qui a déjà purgé trois peines dans les prisons et les camps de travail chinois dans les années 1990, et a vécu le reste du temps, depuis 1989, en résidence surveillée, est de nouveau emprisonné et condamné à onze ans de réclusion, jusqu’en 2020.

Premier récipiendaire du Nobel qui remet en question le régime chinois depuis le Dalaï-lama en 1989, Liu Xiaobo a appris la nouvelle par sa femme Liu Xia, dès dimanche. Une chance que ne connaîtront pas la majorité des Chinois de République populaire, les médias ayant été filtrés dès l’annonce de la décision du comité. Liu Xiaobo a demandé à cette occasion à son épouse de se rendre à la remise de la récompense pour l’accepter en son nom, mais une mesure d’assignation à résidence vient d’être infligée à celle-ci. La Chine a réagi sans surprise : outre les critiques envers la décision norvégienne, des manifestations improvisées en l’honneur de celle-ci ont  par ailleurs été immédiatement réprimées à Pékin. Il faudra donner d’autres tribunes aux dissidents chinois pour faire entendre et respecter leur parole. Liu Xiaobo n’est que l’un d’entre eux : rappelons que Hu Jia, Gao Zhisheng, Zhao Changqing, Li Qingxi et d'autres militants de la démocratie et des droits de l'homme sont toujours privés de leur liberté et de leurs droits par Pékin.

Économie : Peter Diamond, un Nobel trop peu qualifié pour la Fed ?

diamond.jpgCe lundi était annoncé le prix Nobel d'économie (ou « prix de la Banque de Suède »), récompense qui revient en 2010 au trio constitué de Peter A. Diamond, Dale T. Mortensen et Christopher A. Pissarides, pour leurs travaux sur les frictions de recherche sur les marchés, en particulier sur le marché du travail. Une décision à la portée double. Le premier message est direct et fort, en un temps où les taux de chômage dans les pays développés frôlent les 10% (France, États-Unis) ou les dépassent allègrement. Le chômage n'est pas seulement un phénomène volontaire, ou le résultat de l'inadéquation entre offre et demande pour un niveau de salaire donné (le salaire minimum, par exemple). Il résulte également des structures du marché du travail, en particulier des structures liées à la recherche d'emploi (pour le demandeur) et à la recherche de candidats adéquats (pour l'entreprise). Les travaux de Diamond, Mortensen et Pissarides permettent ainsi de mieux comprendre le chômage « frictionnel » et pourquoi il peut varier, et incitent à l'amélioration constante du système d'accompagnement des chômeurs pour rechercher un emploi autant qu'à la réduction des freins à l'embauche : seules de telles politiques, en effet, peuvent compenser la propension des entreprises à détruire des emplois, plus forte que celle les conduisant à embaucher. Mais cela demande évidemment d'autres investissements que la simple fusion ANPE-Assedic, réforme présentée par le ministre de l'économie français Christine Lagarde comme inspirée par les Nobels. Cette dernière fait également une erreur grossière en y mêlant la question de la flexibilité : celle-ci ne peut être conçue que comme une conséquence éventuelle d'un marché du travail plus efficace, non comme une solution par elle-même.

Mais ce prix résonne aussi d'une façon particulière aux États-Unis où Peter Diamond fait l'objet d'une polémique houleuse. Choisi par Barack Obama pour siéger au bureau des gouverneurs de la Fed (la Réserve fédérale), Peter Diamond (qui, à 70 ans, a aussi eu parmi ses étudiants au MIT l'actuel président de la Fed, Ben Bernanke) a vu sa candidature rejetée par le Sénat, sous prétexte qu'il ne serait pas qualifié pour un tel poste. Une opposition purement partisane, menée par le Sénateur républicain de l'Alabama Dick Shelby, alors même que le contexte fait craindre une hausse du chômage structurel. Cette actualité n'a peut-être pas pesé sur la décision de l'Académie royale des sciences de Suède, mais ce Nobel bienvenu devrait aussi peser sur la levée de ce blocage, le choix de Peter Diamond ayant été réitéré par la Maison blanche.

Crédits iconographiques : 1. © Sheikh Hamdan Bin Rashid Al Maktoum Award for Medical Sciences – 2. © Ulla Montan/Norstedts – 3. Domaine public – 4. © MIT.

31/12/2009

Après Copenhague : le changement climatique comme enjeu démocratique (2/2)

(Lire le début.)

— Mais elle ne peut pas l’être ! Si elle l’est, alors personne ne cherchera plus de solution ! Et il faut trouver une solution pour empêcher la catastrophe !
— Cela te fait-il plaisir d’affirmer des choses aussi fausses ?
— Il n’est plus ici question de vérité, mais de morale !
— De morale ? Tes propos deviennent de plus en plus incohérents !
— Excuse-moi si cela ne te parle pas, mais oui, il s’agit bien de morale, de l’avenir de l’humanité, de la santé et de la prospérité de nos enfants !
— Bien. Si tu as maintenant suffisamment déchargé ta conscience, parlons sérieusement. Imaginons qu’en traversant cette rue imprudemment, je me fasse heurter par un autobus. Alors que je suis au sol, baignant dans mes entrailles, vas-tu me conseiller de regarder si le feu est au vert ?
— Ne te moques pas ! J’appellerai les secours au plus vite !
rechauffement.jpg— Bien. Lorsque quelque chose est inévitable, comme l’accident après qu’il a eu lieu, il ne sert donc plus à rien de chercher à le prévenir.
— Non.
— On peut en revanche en gérer les conséquences. En me transportant à l’hôpital le plus proche pour recoller les morceaux récupérables. Eh bien, il en va de même pour le réchauffement. La « catastrophe » dont tu parles, le réchauffement climatique, n’est pas une catastrophe : c’est un phénomène qui est déjà enclenché. Selon les chiffres du GIEC, les températures ont augmenté de 0,74°C au cours du XXe siècle, mais le réchauffement s’est surtout accéléré depuis trente ans, et est estimé à 0,25°C par décennie. De plus, en raison de l’inertie du phénomène, un arrêt total de l’augmentation de la concentration atmosphérique en CO2 entraînerait encore une hausse d’au moins 0,5°C. Tu vois donc bien que nous avons déjà atteint et sans doute dépassé la hausse de 1,5°C depuis l’ère pré-industrielle, et peut-être même les 2°C. À l’horizon 2050, au rythme actuel de l’augmentation de l’activité humaine, il est raisonnable d’imaginer que cette augmentation soit portée à 3°C. Naturellement, les prévisions sont d’autant plus imprécises que la concentration s’éloigne de toutes les mesures connues.
— Et tu ne parles pas de catastrophe ?
— Non, pas en ce qui concerne le réchauffement. La catastrophe, ou plutôt les catastrophes, on commence à les vivre, et elles se multiplieront. Mais elles ne seront pas climatiques, elles seront humaines, sociales. L’ouragan Katrina, par exemple, en 2005, et les répétitions de ce phénomène, qu’on peut déjà prévoir. Mais aussi des phénomènes d’instabilité politique ou de violence déclenchés par le réchauffement : les « guerres du climat » qu’anticipe Harald Welzer.
— Tu veux dire que le changement a déjà commencé ?
— Nous sommes en plein dedans. Et pourtant, nous ne le voyons pas. Le changement, ce n’est pas que le réchauffement. L’épuisement de certaines ressources naturelles, l’extinction d’espèces, ou la désertification de certaines régions, voilà des événements qui passent inaperçus. On l’explique très simplement, les sociologues et les psychologues ont depuis longtemps étudié ces phénomènes : l’homme n’évalue le changement qu’en fonction de ce qu’il voit, de ce qu’il vit au présent. Même s’il a vécu et ressenti le changement, la situation « normale » sera pour lui la situation après le changement, et non avant. L’incapacité à saisir le changement, même le plus aigu, est assez remarquable, par exemple, en ce qui concerne l’épuisement des ressources halieutiques : plus un seul pêcheur ne pourrait considérer comme « normal » de pêcher de la dorade rose dans le golfe de Gascogne. Pourtant, cela était normal jusqu’aux années 1980. A posteriori, on considère cette norme passée comme une pêche miraculeuse.
— Mais alors, si je comprends ce que tu dis, le réchauffement est déjà bien avancé, sa poursuite est inévitable, des catastrophes terribles sont à prévoir, sans que rien ne puisse l’empêcher ? Et cela sera bientôt considéré comme « normal », sans aucun espoir d’un retour au climat d’avant le réchauffement ?
— C’est assez exactement cela, du moins c’est à cela que nous conduit le système actuel.
— Ah, c’est donc qu’il y a un espoir ?
— Je n’en sais rien. Tout ce que je sais, c’est que cette perspective triste, mais probable, correspond fort bien à la conception courante de l’action politique. Un gouvernement n’agit jamais pour prévenir une catastrophe, quelle qu’elle soit, il réagit quand la catastrophe devient tangible. On savait bien, avant le 11 septembre, que des avions pouvaient être pilotés pour s’écraser sur des bâtiments comme le Pentagone et les tours du World Trade Center. Des tentatives aussi spectaculaires avaient été tentées, notamment en France en 1994, et ces deux édifices constituaient des symboles particulièrement sensibles, le Pentagone étant considéré comme cible potentielle en cas de guerre nucléaire depuis la Guerre froide, et le World Trade Center ayant déjà été touché par un attentat en 1993. Pourtant, il n’était venu à l’esprit de personne de mettre en place un système spécifique de surveillance aérienne autour du Pentagone et du World Trade Center. Aujourd’hui — hormis quelques théoriciens du complot — il ne vient à l’esprit de personne d’affirmer qu’un tel acte terroriste est impossible, puisqu’il a eu lieu : dès lors, on met en place des mesures adéquates. Ce que l’on savait possible avant 2001, on n’y croyait pas vraiment.
obama-copenhague_articlephoto.jpg— Connaître une menace est donc inutile si l’on n’y « croit » pas, dis-tu ?
— Tout à fait. À l’inverse, on peut croire certaines choses nécessaires alors même qu’on les sait impossibles, ou rationnellement contre-productives. Aussi a-t-on suspendu les campagnes de vaccination contre l’hépatite B en France, devant la crainte non prouvée que le vaccin provoque des cas, de toute façon résiduels, de sclérose en plaques. Le seul effet quantifiable de cette décision, c’est que 4 000 personnes meurent en France d’hépatite B ou C, chaque année. Mais là encore, devant les faits, la croyance et le savoir s’opposent.
— Et c’est cela qu’il faut changer ?
— Disons plutôt que cela est l’une des caractéristiques majeures du système dans lequel nous vivons. Et c’est ce système qui a conduit à la fois au réchauffement de la planète, et à la déception ressentie par ceux qui attendaient beaucoup de Copenhague, mais aussi à la crise financière de 2008 qui reposait sur des institutions dont la fragilité réelle était volontairement ignorée, et à d’autres maux encore.
— Tu parles comme si tu avais prévu l’échec de Copenhague.
— On peut le dire, oui, c’est même pour cela que je ne parle pas d’échec. Comme je te l’ai expliqué, les débats du sommet de Copenhague se sont déroulés comme si le réchauffement climatique était un phénomène à venir, et non comme s’il était entamé. On peut supposer qu’il en ira de même à Mexico l’an prochain.
— J’espère que tu auras l’honnêteté de m’en reparler à ce moment là. Mais pourrais-tu au moins m’éclairer sur les changements que tu proposes ?
— Bien, mais je crains de te décevoir.
— Pourquoi cela ?
— Parce qu’en fait de proposition, je n’ai guère d’idée neuve.
— Mais, et le changement de système dont tu me rebats les oreilles ?
— Eh bien, on sait ce qu’il en coûterait d’en changer. Mettre fin à la société de production-consommation, ce n’est pas vraiment innovant. Mais il s’agit effectivement du choix qui se présente. Or, cela amène forcément à considérer une autre question : qui choisit ? Qui décide de poursuivre ou de changer ? Donc, la discussion est politique, et pour trancher, il faut aussi trancher la question des modalités de gouvernement. De la démocratie, de ses conditions. Pour éviter, comme nous le disions, que la responsabilité d’enrayer le réchauffement climatique ne soit réservée à des gouvernants soucieux de leur propre intérêt. Car pour ceux-ci, il est finalement bien pratique d’avoir à gérer le réchauffement, et non à l’empêcher. Le fait même de mettre en place des systèmes d’indemnisation des pays pauvres par les pays riches en cas de dépassement de certains seuils de température ou d’émission, est une acceptation du caractère inéluctable du réchauffement : simplement, les pays occidentaux paieront aux pays du « Sud » le droit de contribuer à leurs malheurs. Cela ressemble un peu aux marchés des droits à polluer, mais l’intérêt des habitants des pays concernés est lui aussi assez nettement ignoré. L’argent ne remplace pas l’eau et les terres arables.
— Le réchauffement climatique est donc un problème démocratique ?
— Plus exactement, il est une conséquence du problème démocratique. Le réchauffement climatique n’est qu’une des illustrations des travers du système capitaliste inégalitaire actuellement à l’œuvre.
— Ne serais-tu pas simplement antilibéral ?
— Je me garderais bien de qualifier notre monde de « libéral » tant il est éloigné des principes du libéralisme politique et économique. Mais évitons de chercher un nom pour qualifier des principes aussi simples que l’égalité des droits, par exemple.
— Et si l’on ne change pas cela, il n’existe pas d’autre solution ?
— Pour sauver le monde sans sauver les hommes qui l’habitent ?
— N’ironise pas. Mais devant l’urgence, tu n’aurais pas une autre recette ?
— Oh, on peut tout imaginer. Avant la question climatique, le monde était concentré sur d’autres terreurs. Le risque de guerre nucléaire a dominé la moitié du siècle dernier, et a finalement été contrôlé d’une façon très originale, par un équilibre entre des forces totalement irrationnelles puisque des dizaines de milliers de têtes nucléaires ont été produites et stockées sans aucune utilisation imaginable. L’explosion des deux ou trois premières aurait en effet rendu l’utilisation du reste du stock impossible. C’est ce que Jean-Pierre Dupuy appelle le « catastrophisme éclairé ». Nous parlions plus tôt du savoir et du croire : eh bien, lorsqu’on ne croit pas au risque su, il peut être souhaitable de le rendre crédible, de faire en sorte que la menace paraisse plus réelle, même si cela doit passer par une mise en scène irrationnelle.
— Et dans le cas du réchauffement climatique ?
0110IR1.jpg— On peut tout imaginer, comme je te dis. L’existence de certains pays se joue actuellement, et dépend directement des comportements des pays occidentaux et des principaux émergents comme la Chine ou l’Inde. On pourrait donc estimer équilibré que les pays les plus menacés se voient attribuer un pouvoir réciproque. Si les îles Tuvalu ou le Bangladesh étaient puissances nucléaires, on peut parier que les débats à Copenhague auraient été bien plus fructueux.
— C’est un peu extrême et risqué, non ?
— Bien sûr, mais on peut aussi créer des intermédiaires, les Nations unies, ou une organisation internationale spécialisée. On peut faire de l’émission de CO2 un crime pénal.
— Le dernier prix Nobel de la paix risquerait fort de finir en prison.
— Cela te semblerait injuste ?
— Obama n’est pas responsable, pas plus que toi ou moi.
— Bien évidemment. Aujourd’hui, personne n’est responsable de la situation. Mais on peut comme cela discuter pendant vingt ans des questions de responsabilité.
— Je vois : l’heure est à l’action. Mais je ne suis pas sûr d’être plus avancé, et la planète non plus. Et, franchement, je ne vois plus très bien pourquoi je trie mes déchets, et pourquoi je prends parfois le bus au lieu de ma voiture.
— Peut-être est-ce justement signe que tu as à peu près saisi l’enjeu. L’heure est à l’action, si tu veux, et surtout à la décision.
— Oui, et donc à ses modalités, si je te suis.
— Tu me suis bien.
— Mais les perspectives ouvertes par cette discussion sont bien noires, et je me sens envahi par le désarroi. N’as-tu rien pour me réjouir ?
— Si tu es triste, c’est que tu crois un peu plus au réchauffement climatique, dont tu savais pourtant l’existence. Dès lors, tu as déjà fait le pas le plus décisif vers l’action.
— Puisses-tu alors être entendu par le plus grand nombre, et vite !
— Et puisses-tu pour cela joindre ta parole à la mienne !

30/12/2009

Après Copenhague : le changement climatique comme enjeu démocratique (1/2)

cop15_logo_229px.gif— Ce n’est pas un échec, dis-tu ?
— Non, la conférence, en elle-même, non.
— Mais pourtant, cela a été dit, répété, que les objectifs n’ont pas été atteints...
— Quels objectifs ?
— Mais enfin, les objectifs de la conférence de Copenhague !
— Qui étaient ?
— Eh bien, empêcher le réchauffement climatique, ou en tout cas le limiter, le contrôler...
— Non.
— Comment ça, non ?
— Sauver le monde, et tout le reste, ce n’était pas l’objectif du sommet.
— Ah bon ? Alors quel était l’objectif ?
— Eh bien, le seul objectif d’une telle conférence, organisée dans le cadre des Nations unies, c’est de se réunir, et si possible de négocier et de signer un accord.
— Ah, très malin ! Tu plaisantes, j’espère ?
— Pas du tout. C’est d’ailleurs pour cela que Ban Ki-moon a parlé d’un « pas majeur dans la bonne direction ». Les objectifs du sommet sont remplis.
— Mais l’accord n’est absolument pas contraignant, et les objectifs environnementaux, eux…
— Une conférence intergouvernementale ne se voit pas assigner d’objectifs. C’est un simple constat : tu ne peux pas imaginer contraindre des gouvernements à un certain type de décision, à une obligation de résultat.
— Ah, je comprends un peu mieux ce que tu veux dire. Mais tu ne nieras pas qu’il y a un problème environnemental ?
— Ce serait difficile de le nier, mais nous avons peut-être une vision différente de ce que tu appelles problème.
— Comment cela, ce ne serait pas un problème ?
— Peut-être, si. Mais lorsqu’on parle de problème, c’est généralement qu’on cherche une solution.
— Eh bien, n’est-ce pas le cas ici ?
— Je ne crois pas, non. Je crois que la solution est claire, et que tout le monde la repousse.
— Tout le monde ? Qui est tout le monde ?
— Je suis peut-être allé un peu vite. Mais en ce qui concerne le réchauffement climatique, lorsque des gouvernements se réunissent, ils repoussent la solution. Lorsque des élus parviennent au pouvoir, ils l’ignorent aussi. Et lorsqu’il s’agit pour toi ou pour moi d’acheter une voiture, de déménager ou de simplement accomplir tous les faits et gestes du quotidien, la solution est clairement mise au placard.
— Mais quelle est la solution ?
— Eh bien, changer l’ensemble du système qui a amené ce « problème » et qui est indissociable de lui.
— Tes explications pourraient quant à elles être plus transparentes…
— Eh bien, dis-moi ce que tu ne comprends pas et j’essaierai de m’en justifier au mieux.
— D’accord… Alors revenons à l’environnement. Il y a bien réchauffement climatique, un processus causé par les émissions de dioxyde de carbone, et donc par les activités humaines ?
— Je ne suis pas spécialiste, mais il me semble que les connaissances scientifiques montrent cela de façon assez irréfutable, sur le long terme.
— Tu me vois rassuré : j’ai craint un instant que tu ne sois de ceux mettant en doute cette tendance.
— Je ne suis pas sûr que la notion de doute soit la plus adaptée en ce qui concerne des individus qui nient une démonstration et manipulent des preuves en ne les considérant que partiellement. Il est probable qu’on puisse démontrer, en un certain lieu précis, que la température est restée constante, ou même a été réduite de nombreux degrés en un ou deux siècles, cela ne change rien à l’évolution générale. Mais ne nous étendons pas sur le cas de ces sophistes, nous étions déjà bien assez  occupés comme cela.
— Certes. Donc, le réchauffement est une certitude scientifique…
— Oui.
— … et la solution est de réduire la proportion du CO2 dans l’atmosphère, pour inverser la tendance !
— Là, en revanche, je suis forcé de t’arrêter. Nous moquions à l’instant les sophistes, mais ton raisonnement, lui, tourne en rond.
— C’est pourtant la stricte vérité !
— Ah oui, certes, il faut réduire les émissions de CO2 parce qu’elles sont trop élevées, il n’y a rien de plus vrai.
— Les scientifiques le disent !
— Là, tu touches une autre partie de la question.
— Qui est ?
— Que nous ne discutons pas d’une question scientifique.
— Ah bon ? Il va falloir m’expliquer cela.
— Le phénomène du réchauffement a été étudié par les scientifiques, nous sommes d’accord.
— Bon.
081204093041.jpg— Il a été mesuré, expliqué, vérifié, et même anticipé par eux. Mais tout ce que nous savons, du point de vue scientifique, c’est que plus la proportion de CO2 dans l’atmosphère s’élève, plus la température s’élève, en conséquence d’un effet de serre. Le point de vue scientifique ne fait que nous expliquer la mécanique du phénomène, et n’apporte donc qu’une solution mécanique, c’est à dire pas de solution du tout.
— Il faudra pourtant en passer par là !
— Certes, mais on peut réunir tous les experts que l’on veut, on n’arrivera pas pour autant à modifier le mode de fonctionnement de la société. Le problème n’est donc pas scientifique.
— Ah ! Il y a donc bien un problème, tu viens de le dire !
— Oui, mais pas un problème environnemental. Le phénomène est expliqué scientifiquement, mais pour trouver une solution, ce qu’il faut changer, c’est le fonctionnement des sociétés. Le problème se pose donc sur le registre politique, et c’est sur ce registre politique qu’il faut raisonner.
— Nous voilà bien avancé !
— Plus que tu ne le crois. Entendons-nous bien sur le terme « politique ». Il  ne s’agit pas là de qualifier de « politique » tout ce qui peut émaner du cerveau d’un ou plusieurs responsables dits « politiques ». Quand je parle de solution politique, je parle de l’organisation des sociétés humaines, des relations entre hommes. Pas du prochain accord entre Sarkozy, Obama et Hu.
— Mazette ! Mais n’est-il pas tout de même plus simple de négocier la solution entre les gouvernements ? Ceux-ci sont dépositaires de la volonté du peuple, ils défendent son intérêt. Ils devraient donc parvenir à un accord contraignant : d’ailleurs, ils doivent encore en négocier un en 2010, à Mexico !
— Eh bien oui, on peut continuer à fonctionner comme cela se fait depuis longtemps, au moins depuis Rio en 1992 pour ce qui concerne le climat.
— Je sens un peu d’ironie chez toi…
— Difficile de résister : tu parles de gouvernements dépositaires de la volonté du peuple, et cœtera. Mais d’abord, cela se discute même en ce qui concerne les États « démocratiques », et l’on pourrait en parler longtemps. Mais ne nous perdons pas dans cette discussion : prenons l’exemple de la Chine. Tu ne parlerais certainement pas d’État démocratique, et tu conviendras que l’intérêt du régime chinois et celui du peuple chinois sont fort divergents.
— Je ne sais pas. Quel est à ton avis l’intérêt du régime chinois ?
— Sa propre perpétuation. Un tel régime, autoritaire, répressif, est forcément fragile.
— Oui, la fragilité du tyran, tu ne fais que reprendre Machiavel.
— Eh bien, poursuivons. Le régime chinois ne pourra se perpétuer qu’en maintenant la tendance actuelle à renforcer ses moyens de contrôle de la population et du territoire, mais aussi, car cela est aussi indispensable, sa conversion à l’économie de production et de consommation, et en augmentant le niveau de satisfaction qui en découle chez une certaine partie de la population, majoritairement urbaine, et appartenant à l’ethnie Han.
— Tu vois ! Tu es d’accord avec moi : le régime chinois défend bien le peuple !
— Non, je n’ai pas dit ça. J’ai dit qu’il maintient un certain équilibre au sein de la population. Cela ne correspond pas nécessairement à une amélioration des conditions de vie pour l’ensemble de celle-ci, ni même pour une minorité. Cela correspond encore moins à une défense des intérêts du peuple, en particulier sur le long terme. Le régime chinois est confronté à des révoltes sociales violentes sur l’ensemble du territoire, chez les paysans, les ouvriers, et à de véritables soulèvements dans les provinces les plus périphériques, en particulier au Tibet et au Xinjiang ces dernières années. Il agit donc dans l’urgence, et cela passe au premier plan, même si cela impose des choix intenables pour la Chine mais aussi pour le reste du monde sur un horizon plus long, de plusieurs décennies, ou de plus d’un siècle.
— Tu veux dire que le régime chinois assumerait de mener l’humanité au bord du gouffre ?
— On sait depuis longtemps que la politique de l’enfant unique va provoquer un vieillissement brutal et prématuré de la population chinoise d’ici vingt ans. Un régime qui se soucie aussi peu de ses propres citoyens n’aura guère de scrupules pour les autres.
— Ton tableau pessimiste de la Chine est tout de même singulièrement différent de ce qu’on dit à son sujet en règle générale.
— L’URSS n’a jamais vraiment paru au bord du gouffre avant de se désagréger, soixante-quinze ans à peine après la révolution bolchevique. La Chine populaire fêtait cette année ses soixante ans.
— Bon. Mais que les représentants de la Chine soient d’abord intéressés par des enjeux à court terme et par leur propre intérêt, cela n’est pas exceptionnel. Des régimes comparables, il y en a beaucoup, ils sont peut-être même les plus nombreux. On pourrait même en dire autant des pays occidentaux où les élus ont d’abord pour préoccupation le renouvellement de leur mandat. Obama n’a pas vraiment le même discours sur l’environnement aujourd’hui que pendant sa campagne. Et quand tu parles de l’absence de scrupules à prospérer au détriment du reste du monde, ce n’est pas très différent de la prospérité.
— C’est un peu là que je voulais en venir. J’ai juste cru que cela serait plus rapide avec l’exemple chinois.
— En somme, tu m’as amené à ta propre conclusion, qui est que nous sommes dans une impasse ?
— On peut le dire comme cela.
— Encore faut-il supposer qu’il y aurait une autre voie ?
— Nous allons y venir. Cela ne me semble toutefois pas forcément nécessaire, d’un point de vue logique : une impasse peut exister sans qu’il existe de solution. Mais encore une fois, si une solution existe, il faut s’accorder sur sa nature politique : pour stopper le réchauffement climatique, il faut changer l’organisation des sociétés.
— Rien que ça ! Et si on ne le veut pas ?
— Eh bien, rien n’interdit effectivement de choisir de continuer comme aujourd’hui. Si l’on considère que cela est pour le mieux. Mais naturellement, le « on » pose encore problème…
— Bon, cela devient embrouillé. Au fait, de toute façon, quelle autre solution a-t-on ? Le communisme ? On a vu le résultat !
— Je te laisse la responsabilité de cette alternative unique. Je ne défend pas cette idéologie-là plus qu’une autre, et encore moins les régimes qui s’en sont réclamés, ou qui s’en réclament — qui ne sont d’ailleurs pas les moins polluants, pour revenir à la question qui nous préoccupe.
— Ah ! Revenons-y. Le système capitaliste que tu critiques tant, il pourrait aussi peut-être résoudre ce problème, non ? Je veux dire, indépendamment de ces négociations internationales dont tu expliques qu’elles ne servent à rien, la théorie économique est pleine d’inventivité : les taxes reposant sur les pollueurs, comme la taxe carbone, ou les marchés de droits à polluer qui existent déjà en Europe.
— Ces idées-là sont même les plus fréquemment évoquées, et la pensée économique des questions environnementales est ancienne, avec Pigou, Coase, et bien sûr, en France, Jouvenel.
Global Warming.gif— Et puis, surtout, il y a l’économie verte ! On peut changer de modèle de production : produire de l’énergie propre, par des panneaux solaires, des éoliennes. Conduire des automobiles électriques, et demain, à l’hydrogène ! C’est possible, tout cela !
— Ton exaltation est plaisante à voir, mais tout cela repose sur beaucoup d’imagination et peu de faits. Plus encore, je doute fort de la possibilité de ce que tu avances, et de la différence réelle avec le modèle de production actuel. La taxe carbone et les marchés de droits à polluer existent déjà, tu l’as précisé, et n’ont absolument pas enrayé la hausse des émissions de CO2. La raison en est simple, et tu la connais : alors que ce système fonctionne pour une pollution classique, c’est à dire la conséquence négative d’une activité quelconque, dans le cas présent c’est une pollution incontournable. Lorsque les automobiles polluent en raison des carburants au plomb, on peut changer de carburant. Tandis que tous les carburants émettent du CO2. Alors, certes, tu cites de nouvelles énergies, mais tu ne réponds qu’à une partie du problème : il faut toujours produire l’électricité de l’automobile, il faudra demain trouver l’énergie pour conditionner l’hydrogène. Il faut aussi produire les éoliennes, et les panneaux photovoltaïques, et il faut recycler tout les déchets produits par ces nouvelles filières. De plus, toute cette conversion prend du temps. Enfin, toutes les estimations ne peuvent se faire toutes choses égales par ailleurs. Prenons le seul cas de l’automobile : on roule de plus en plus dans le monde. La Chine est devenue l’an dernier le premier marché automobile mondial, on y vend plus de 9 millions de véhicules par an, or le marché automobile chinois est, avec 25 véhicules pour mille habitants, encore trente fois moins développé que le marché américain. Et je ne parle là que d’un pays, certes significatif, mais l’Inde le sera au moins autant, et on pourrait continuer longtemps en étendant ce raisonnement à d’autres activités, et à d’autres pays. Face à tout cela, les bricolages économiques ne me paraissent pas vraiment à la hauteur, comme les poubelles de tri sélectif ou les véhicules hybrides.
— As-tu fini ?
— Presque. Laisse-moi seulement ajouter que la « main invisible » n’est en rien une garantie de la préservation de l’environnement. En particulier si les intérêts économiques vont à son encontre. Or, la fonte des glaces du pôle nord éveille déjà la convoitise des pays situés sur le pourtour de l’Arctique, pour exploiter ses ressources en pétrole et en minerais, ou encore les nouvelles lignes de transport maritime qui pourront être ouvertes.
— Ce que tu dis fait froid dans le dos.
— Pourquoi cela ?
— Tu parles comme si la catastrophe était inévitable, sinon espérée…
— Et si elle l’était ?

(Suite et fin à paraître jeudi 31 décembre.)

 
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