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21/05/2013

La protection sociale appartient-elle au passé ?

robert castel, nicolas duvoux, protection sociale, rsa, précaritéNous en avions brièvement parlé à l'occasion de la mort de Robert Castel. Paru il y a quelques mois, L'avenir de la solidarité est un petit recueil efficace et d'une actualité évidente à l'heure où le gouvernement français agite de menaçantes « réformes de compétitivité ».

Droits sociaux, devoir de solidarité ?

Les articles réunis dans ce petit recueil se positionnent clairement à la frontière entre sociologie, économie et politique. Et tous se placent dans la lignée des pages introductives de Robert Castel défendant la protection sociale comme droit, à l'heure où elle est attaquée par la mentalité de l'anti-assistanat, du workfare et de « l'activation » des droits, dont les conséquences sont la remise en question des transferts sociaux et la constitution d'une classe pauvre et laborieuse, dont l'expérience est faite d'allers-retours entre chômage et travail précaire, sans espoir d'issue.

Les constats ici effectués, et souvent centrés sur le RSA et sa mise en place en remplacement du RMI, sont d'une actualité cruelle, et auraient pu être étendu à d'autres expériences (comme les réformes Hartz en Allemagne), pour en renforcer les conclusions. Mais l'affirmation de la protection sociale comme droit ne suffit pas, si la conscience n'est pas entretenue que ce droit correspond aussi à un devoir de la communauté vis-à-vis des plus fragiles, des moins chanceux, cette « conception Républicaine de la pauvreté » défendue par Castel, et qui implique avant tout de combattre la pauvreté laborieuse, et non de prétendre offrir aux pauvres une dignité en les forçant à travailler à n'importe quel prix.

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14/03/2013

Robert Castel, sociologue de la précarité (1933-2013)

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L’EHESS annonçait hier la disparitition de Robert Castel. Mort mardi 12 mars à l’âge de 79 ans, il restera comme l’un des sociologues majeurs de son temps, spécialiste du monde du travail et du « modèle social français ».

Le monde du travail - et sa précarisation

Brestois, issu d’un milieu modeste et initialement destiné au métier d’ajusteur à l’arsenal de Brest, Robert Castel fut un passager de l’ascenseur social avant d’en être un défenseur. Agrégé de philosophie, assistant d’Éric Weil à l’Université de Lille – à l’époque où l’on pouvait y croiser Foucault, Le Goff, Vidal-Naquet…), il se convertit à la sociologie après sa rencontre avec Bourdieu, et vit les années 1970 de l’université de Vincennes. S’étant rapproché de Michel Foucault, il travaille (dans le sillage de l’Américain Erving Goffman dont il introduit l'édition française du livre Asiles) à une sociologie critique de la prise en charge psychanalytique et psychiatrique, sujet de sa thèse d’État soutenue en 1980. Puis il devient directeur d’études à la prestigieuse École des Hautes études en sciences sociales en 1990, et porte son travail vers la question du salariat.

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19:14 Publié dans Vie de l'esprit | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : travail, chômage, robert castel, rsa |

08/03/2013

Non-recours : ces droits sociaux bafoués en silence

livres, non-recours, RSA, CMU

Un recueil d’articles sur un thème méconnu révèle l’ampleur colossale du non-recours aux droits sociaux, et les dangers que ce mal fait courir au pacte social français et à ses objectifs principaux.

Poids financier : le double de la fraude

Y a-t-il dans le champ des politiques sociales débat plus récurrent ces dernières années que celui de la fraude et des « fraudeurs », les « assistés » et les « tricheurs » qui mettraient à mal le modèle social français par leurs arnaques ? Un sujet mieux popularisé ? « Fraudeurs et tricheurs : leurs arnaques nous coûtent des milliards » titrait encore un grand magazine dit d’investigation sur M6, il y a quelques jours. « Ces Français qui fraudent coûtent 60 milliards d'euros à l'État. Presqu'autant que le déficit annuel de la sécurité sociale ! » Le ton est donné : sus aux fraudeurs !

Et pourtant, l’ODENORE, observatoire universitaire rattaché au laboratoire « Politiques publiques, Action politique, Territoires » du CNRS, à l’IEP de Grenoble et à la Maison des Sciences de l’Homme-Alpes (unité CNRS), et dont les travaux sont consultables sur son site internet, propose de rompre avec les termes du débat en traitant de cet « envers » de la fraude, indissociable et tout aussi insoutenable : le non-recours aux droits sociaux. Reprenons les chiffres. La fraude sociale en France représente environ 20 Md€ par an (contre 25 Md€ environ de fraude fiscale), dont 3 à 4 Md€ de fraude aux prestations (soit environ 1% des versements, le reste étant de la fraude aux prélèvements qui représente autour de 4% des cotisations). Par comparaison, les sommes représentées par le non-recours donnent le vertige puisqu’elles s’élèvent à 10 Md€ environ : 5,3 Md€ de RSA non versé à ses bénéficiaires légitimes, et 4,7 Md€ de rappels de droits de prestations familiales et logement.

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09:09 Publié dans Question sociale | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : livres, non-recours, rsa, cmu |

 
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